BAC ESG 2026 : La géographie de la réussite scolaire épouse-t-elle celle de la pauvreté ? (TRIBUNE)

Cameroun Actuel
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Les résultats du Baccalauréat ESG 2026 mettent en évidence de fortes disparités régionales. En les croisant avec les taux de pauvreté issus de la Stratégie Nationale de Développement 2020-2030 (SND30), une réalité se dégage, plus une région est touchée par la pauvreté, plus ses performances scolaires tendent à être faibles.

Quelques exemples illustrent cette corrélation :

Sud-Ouest : 54,26 % de réussite au BAC pour un taux de pauvreté de 18,2 %.
Littoral : 49,41 % de réussite pour 19,5 % de pauvreté (hors Douala).
Ouest : 46,27 % de réussite pour 21,1 % de pauvreté.
Centre : 44,66 % de réussite pour 30,3 % de pauvreté (hors Yaoundé).

À l’inverse,

Extrême-Nord : seulement 26,27 % de réussite avec 74,3 % de pauvreté.
Nord : 28,73 % de réussite pour 67,9 % de pauvreté.
Adamaoua : 34,59 % de réussite pour 47,1 % de pauvreté.
Le Nord-Ouest (38,58 % de réussite pour 53,3 % de pauvreté) constitue un cas particulier. Au-delà de la pauvreté, cette région subit depuis plusieurs années les conséquences d’une crise sécuritaire qui affecte directement le fonctionnement des écoles, les déplacements des enseignants et les conditions d’apprentissage.

Une corrélation, pas une causalité mécanique

En science politique, on parle de corrélation structurelle. La pauvreté n’explique pas à elle seule les résultats scolaires, mais elle crée un environnement moins favorable à la réussite.

Une région plus pauvre connaît généralement : des infrastructures scolaires insuffisantes ; un déficit d’enseignants qualifiés ; des difficultés d’accès aux manuels et aux outils numériques ; des familles dont les revenus limitent l’accompagnement des élèves ; un accès plus difficile aux soins, à l’électricité et à Internet.

Généralement, les inégalités scolaires sont souvent le reflet des inégalités sociales. L’école ne produit pas seule les écarts ; elle les hérite en partie des conditions économiques et sociales dans lesquelles évoluent les élèves.

Une question de justice territoriale

Ces résultats montrent que le développement du Cameroun demeure inégal selon les territoires. Le défi n’est donc pas uniquement éducatif ; il est aussi économique, social et institutionnel. Une République ne peut durablement accepter que les chances de réussite d’un enfant dépendent principalement de sa région de naissance.

Quelle solution ?

La réponse passe par une véritable décentralisation, conformément à l’esprit des pères fondateurs (UPC 1948)

Une décentralisation effective permettrait aux Collectivités Territoriales Décentralisées de : mieux planifier les investissements éducatifs selon les besoins locaux ; construire et réhabiliter plus rapidement les établissements scolaires ; renforcer l’attractivité des zones rurales pour les enseignants ; développer des politiques locales de soutien aux élèves issus des familles les plus vulnérables ; mieux articuler les politiques d’éducation avec celles de la santé, des infrastructures et de l’emploi.

L’objectif n’est pas de traiter toutes les régions de manière identique, mais de corriger les déséquilibres historiques afin que chaque enfant bénéficie des mêmes opportunités de réussite.

In fine,

Le BAC ESG 2026 ne mesure pas seulement les performances des élèves ; il met aussi en lumière les inégalités de développement entre les territoires.

Une nation se développe et se consolide lorsque chaque région offre à sa jeunesse les mêmes chances d’apprendre, de réussir et de contribuer au destin collectif.

Par Paul Stéphane Menouga

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