A Nice, amour à mort pour Lucia de Donizetti

Cameroun Actuel
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Nice (Alpes-Maritimes), envoyé spécial

L’opéra de Donizetti, Lucie de Lammermoor, considéré comme son chef-d’œuvre le plus parfait, ne supporte pas les demi-mesures. Soit les artistes sont à la hauteur, soit ils ne le sont pas. Cela tient avant tout à la nouvelle esthétique choisie par le compositeur lorsqu’il compose son opéra en 1835. L’opéra baroque du XVIIIe siècle a fait son temps. La voix est considérée autrement, chargée de nouveaux effets émotionnels et dramatiques. C’est elle qui exprime les humeurs des personnages. Cela paraît évident aujourd’hui puisque le romantisme a pris sa place dans les œuvres lyriques. Ce n’était pas à l’époque. Alors voilà, un passage de l’univers classique au monde romantique.

Petit moment d’émotion, donc, lorsque le rideau de l’opéra de Nice se lève pour assister à la progression dramatique de ce thème amoureux. Lucia (Kathryn Lewek) brûle encore d’amour pour Edgardo (Oreste Cosimo) qui réapparaît pour se venger d’Enrico (Vladimir Stoyanov), le frère de la jeune femme. Les amants se rencontreront dans la mort. Comment pourrait-il en être autrement? Gounod et son Roméo et Juliette ne le nie pas.

Pour cette coproduction de l’Opéra Nice Côte d’Azur et du Teatro Verdi de Pise, Stefano Vizioli a proposé une mise en scène sobre, au service du théâtre. Un monde bourgeois étroit, pétri de mœurs (quand cela lui convient) et de certitudes pour acquérir une fortune. Un cimetière, lieu de toutes les apparences – l’être aimé qui revient autant que les fantômes – mais aussi symbole de toutes les violences.

A la baguette, pour diriger la Philharmonie de Nice, Andriy Yurkevych semble dresser une couche musicale, heureuse tantôt (quand Lucia et Edgardo partagent leur passion), tantôt douloureuse (Lucia devient folle). Il ne s’agit pas pour lui d’accompagner mais de créer l’atmosphère propice à l’expression des protagonistes, de dessiner les paysages au milieu desquels ils s’expriment. Une fois de plus le chœur de l’Opéra de Nice impose sa présence avec élégance.

Kathryn Lewek, soprano colorature, est admirable dans le rôle de Lucia. Il s’enflamme d’élans de virtuosité, d’enthousiasme avec des trilles, des roulades et des do aigus qui jaillissent avec beauté, enchante dans ce qui est un véritable duo avec la flûte dans la soi-disant scène folie. Vladimir Stoyanov, qui a repris le rôle au pied levé (Mario Cassi étant malade), séduisant baryton, tient sa place avec force même si l’on peut regretter des premières scènes moins enlevées. Oreste Cosimo campe un Edgardo puissant et ferme, plein de sensibilité vocale qui clôt cet opéra avec une émotion non feinte.

Pierre Barbancey

Grb2

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