A Caudry, l’angoisse des salariés de Buitoni

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Caudry (Nord), correspondance privée.

Stylo quadrichromie à la main et feuille posée sur une petite table de camping, Albane et Mégane cherchent de nouvelles paroles sur l’air de Milordla chanson écrite par Georges Moustaki pour Edith Piaf : « Allez, allez, les gars, on lâche pas… » Ne baissez pas les bras après l’annonce, le 30 mars dernier, de la fermeture de l’usine Buitoni de Caudry (Nord), où ils travaillaient respectivement depuis treize et huit ans, comme manutentionnaires et agents de contrôle qualité.

Quatre semaines plus tôt, la direction avait annoncé que cette option, qui entraîne 140 licenciements, était sur la table. La mobilisation a suivi, avec une marche de soutien qui a réuni 600 personnes, le 8 mars, et des salariés qui se sont organisés pour être présents devant l’usine le plus souvent possible.

« On se retrouve pour ne pas être seuls, car on a tous nos périodes creuses »

Une tonnelle a été installée et trois chalets en bois prêtés par la commune de Caudry. Il ne s’agit pas à proprement parler d’un piquet, puisque la direction, qui a fermé l’usine, s’est engagée à payer les salaires jusqu’à la fin de l’année.

« On se réunit pour ne pas être seuls, car on a tous nos périodes creuses. Ici, on passe du temps ensemble, on rigole, on danse, pour ne pas être constamment sous pression., confie Mégane. Tout le monde a déjà en tête l’action de ce mercredi 5 avril : départ en bus à 8h30 du parking de l’usine, pour une manifestation devant le siège du groupe, à Issy-les-Moulineaux.

Tout a commencé au printemps 2022, par un drame : la mort de deux enfants possiblement empoisonnés par la bactérie Escherichia coli, après avoir mangé des pizzas infectées fabriquées à Caudry. Une information judiciaire a été ouverte à Paris pour homicide involontaire, et blessures involontaires pour quatorze autres victimes.

De son côté, la préfecture des Hauts-de-France a suspendu l’activité et l’année 2022 a été consacrée à des nettoyages à répétition et à un plan de rénovation des machines. L’arrêté préfectoral pointe alors « de nombreuses anomalies graves en termes de nettoyage et d’entretien général », dont la « présence de rongeurs dans l’atelier de boulangerie ». Des critiques appuyées par des photos publiées sur les réseaux sociaux par un ancien intérimaire.

Désormais, la direction du groupe incrimine la farine utilisée pour la fabrication des pizzas

« On nous traitait d’assassins, mais nous n’avions rien à voir là-dedans », défend Pascal Buchard, embauché en 1984, qui a occupé presque tous les postes : conditionnement, lavage des pâtes, cuisine, boulangerie… Il partira en octobre dans le plan de préretraite qui vient d’être signé.

« Il n’y a pas eu de manque de nettoyage, assure Stéphane Derammelaere, délégué syndical FO. Avant 2015, le ménage était assuré la nuit par une entreprise…

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