Il y a d’abord eu ce rapport sur la prostitution des mineures, réalisé par l’Observatoire des violences faites aux femmes de Seine-Saint-Denis. « Quand on s’est rendu compte que pratiquement tous les mineurs victimes de prostitution avaient été victimes d’agressions sexuelles, on s’est dit qu’il fallait agir au plus vite, précise Lucie Debove, responsable du service d’aide sociale à l’enfance (ASE) du département. Il fallait agir à la fois dans l’identification familiale mais aussi dans l’accompagnement institutionnel, car parfois des mineurs sont placés pour un autre motif et révèlent avoir subi des violences plus tard, lorsqu’ils sont sécurisés dans leur placement. »
Ces personnes, devenues adultes, nous racontent comment les violences subies dans l’enfance ont marqué leur vie.
Ensuite, il y a eu les travaux de la commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Civiise), créée en 2021. « Les témoignages que nous entendons à La Civiise nous marquent, réagit Ernestine Ronai, membre de cette commission mais aussi de l’Observatoire des violences faites aux femmes. Ces personnes, devenues adultes, nous racontent comment les violences subies dans l’enfance ont marqué leur vie. Il est donc important de mieux identifier les violences sexuelles, d’initier un traitement et ainsi de limiter les séquelles. »
L’Observatoire des violences faites aux femmes de Seine-Saint-Denis et l’ASE ont ainsi sélectionné une centaine de dossiers de placement d’enfants, retenus « en raison de la gravité des violences sexuelles subies ».
73% ont été victimes d’inceste lors de leur placement
Après étude, il s’est avéré que 73% ont été victimes d’inceste, 94% ont été abusés par un proche et 29% ont subi des abus sexuels pendant leur prise en charge. « Le taux d’inceste m’a surpris, car ce chiffre est énorme »s’inquiète Ernestine Ronai, qui a dirigé l’étude.
Les victimes sont majoritairement des filles, le plus souvent agressées par au moins deux agresseurs ; la première violence sexuelle est vécue à l’âge de 9 ans en moyenne.
« Le fait que les violences sexuelles puissent continuer après le placement, surtout dans les familles, quand il y a des droits de visite accordés par le juge, nous a marqués, explique Lucie Debové. Dès qu’il y a des feux clignotants sur les violences conjugales, il faut une évaluation très poussée pour envoyer au juge un maximum de constats. Certains enfants peuvent aussi avoir été victimes au sein du lieu de placement, par d’autres enfants. Cela nous montre que, lorsque des enfants ont été victimes et ne bénéficient pas d’un soutien psychologique approprié, ils peuvent parfois devenir des auteurs. »
« Que tous les 9-12 ans puissent bénéficier d’interventions sur la vie affective, la vie relationnelle et la sexualité »
Comment élaborer un véritable plan d’action pour lutter…
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