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Unité et cohésion nationale : la leçon du Commandement traditionnel au politique

A l’issue de leurs travaux à huis clos à la salle des fêtes d’Akwa, les chefs traditionnels des villages Sawa du Wouri et leurs homologues du Centre et quelques-uns de l’Ouest se sont déportés au Parc des Princes à Bali ce samedi 13 mai 2023, question de magnifier le vivre ensemble et faire la déclaration commune très attendue du reste par la presse.

Au Parc des Princes à Bali, après la lecture du récépissé de déclaration de la manifestation publique, les interventions des différentes autorités traditionnelles ont été ponctuées des différentes danses traditionnelles issues de diverses aires culturelles et géographiques du Cameroun. Preuve s’il en faut, que le Cameroun demeure « Un et indivisible », en dépit des démons de la division qui veulent semer la zizanie entre les enfants d’une même patrie.

En tant que président de l’association des Chefs traditionnelles des villages Sawa du Wouri et hôte des Céans, Sa Majesté Nes Essombey Ndambwé est le premier à prendre la parole : tenant compte de la proximité du temps et de l’espace, Nes Essombey n’a pas manqué d’indexer la question de l’appropriation des terres de Dikolo qui est loin d’être soldée, les familles déguerpies attendant toujours d’être fixées sur leur sort.

Pour le Chef de Sodiko Bonabéri, « la raison principale pour laquelle nous en sommes à rechercher sans la trouver l’unité nationale plus de 50 ans après, c’est que nous avons écarté les valeurs qui étaient les nôtres à savoir l’amour et la solidarité, le dialogue et le compromis, le pardon et la réconciliation ; nous avons épousé les valeurs venues d’ailleurs au lieu de se rassembler autour des idées ; on a tendance à se rassembler autour de la tribu ; la démocratie et le multipartisme importés de l’occident sont venus nous imposer la dictature du plus grand nombre, alors que nous sommes dans une société où, que vous soyez plus fort ou pas, vous devez composer avec l’autre. Nous sommes dans une société où lorsque vous aviez un voisin plus fort, vous y preniez femme ou vous y envoyiez votre fille en mariage. C’était cela la « diplomatie traditionnelle ».

Enfonçant le bistouri dans la plaie telle qu’il relève de la responsabilité d’un chirurgien, Sa Majesté Nes Essombey Ndambwe n’est pas allé du dos de la cuillère pour accuser « les hommes du pouvoir , qui sèment et distillent les graines de la division et de la haine tribale parmi le peuple ; ils ont oublié qu’ils sont d’abord les hommes de service ».

Le doigt est également pointé sur l’autorité traditionnelle elle-même : « Qu’avons- nous fait de ce que nous avons hérité de nos devanciers ? Nous nous laissons aujourd’hui manipulés. Nous nous laissons corrompre par ceux qui ont l’argent. Nous nous laissons phagocytés. Et si la chefferie a des problèmes aujourd’hui, c’est parce que nous aussi nous l’avons rendu perméable », conclut Nes Essombey .

Sa Majesté T sala Ndzomo Guy , Chef de premier degré dans le département de la Lékié et président par intérim du Conseil national des Chefs traditionnels du Cameroun après le décès du regretté Lamido Alim Hayatou, conduisait une quinzaine de Chefs traditionnels de la Centre. Dans son allocution, Sa Majesté Tsala Ndzomo a demandé à ses homologues de revenir aux idéaux qui ont présidé à la création et à la mise en place du Conseil national des Chefs traditionnels du Cameroun à savoir, apporter leur pierre à l’édification d’un Cameroun uni.

Il a également demandé aux élites, qu’elles soient de la société civile ou élites poli- tiques, de mettre en avant l’intérêt supé- rieur de la nation au-dessus des intérêts partisans ou communautaires ; et que ces élites cessent de manipuler la population relativement au problème du tribalisme.

Déclaration commune publique des Chefs

Les rois du Centre, du Littoral et certains de l’Ouest, ont franchi leurs palais pour déposer leurs chasses mouches à Douala. L’occasion leur a été donnée de se mettre ensemble à l’effet de la paix pour la Nation, une paix qui est si chère pour chacun de nous. Ils ont pris langue les uns avec les autres et dans un brainstorming, ils ont apporté leur pierre pour l’édifice de la paix et le devenir de la Nation.

Depuis vendredi dès 18 heures, ils ont travaillé jusqu’au-delà de 23 heures, certains ne se sont pas endormis ; puis ils ont repris les travaux samedi matin avec une visite chez le gouverneur de la région du Littoral et des travaux à huis clos à la salle des fêtes d’Akwa, jusqu’à ce samedi 16 heures, apothéose au Parc des Princes de Bali.

Au rang des résolutions prises, et l’une après l’autre, déclaration lue par Sa Majesté Eyengué Nkongho, Secrétaire général des chefs du Moungo :

  • Les chefs se proposent de mieux structurer leurs différentes communautés aux fins d’un meilleur encadrement ;
  • les chefs traditionnels réaffirment que le vivre ensemble est une réalité au Cameroun et doit le demeurer ;
  • les élites doivent cesser d’instrumentaliser les populations dans la perspective de la promotion du tribalisme ;
  • les chefs traditionnelles recommandent que les responsables des différentes communautés et de blocs ne soient plus appelés chefs ;
  • les chefs recommandent que la désignation des chefs de blocs relève uniquement des chefs de village ;
  • les chefs s’engagent à développer la diplomatie coutumière pour le rapprochement des communautés, la prévention et la résolution des conflits ;
  • que le citoyen lambda pressenti à la charge de représentant du communauté soit préalablement au Chef de Céans avant toute désignation ; nul ne peut être chef traditionnel en dehors de son territoire d’origine ;
  • les chefs encouragent la mise en place de partenariats culturels forts entre chefferies ;
  • en conclusion, les chefs adoptent la mise en place de structures traditionnelles régionales qui contribueront au règlement des conflits communautaires.

Des personnalités politiques ont brillé par leur présence à cette rencontre : tout en reconnaissant lui aussi que le politique instrumentalise le vote tribal, Jean de Dieu Momo préconise l’éducation des enfants et des jeunes au sein de la famille. Selon Cyrile Sam Mbaka de l’Afp, ce qui vient de se passer au parc des princes à Bali, c’est beaucoup d’espoir pour le Cameroun de demain, parce que dit-il, ce qui nous est cher, ce sont nos us et coutumes, et les chefferies de 3e degré sont les chefferies de base, ce qui revient à dire que l’on ne peut pas construire une pyramide sans les chefs de troisième degré et l’initiative est venue d’eux, une initiati- ve confortée par la présence du président du Conseil national des Chefs traditionnels du Cameroun.

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