Istanbul (Türkiye), envoyé spécial
Jamais une élection n’a été aussi cruciale. Pour la première fois depuis vingt ans, Recep Tayyip Erdogan, Premier ministre puis président, risque de perdre le pouvoir. Le 14 mai, pour la présidentielle, il doit affronter trois autres candidats, dont le plus redoutable est Kemal Kiliçdaroglu, soutenu par l’opposition de gauche (HDP, mais aussi les communistes du TKP), en tête des sondages. Reste à savoir si ce dernier peut l’emporter dès le premier tour ou s’il faudra attendre le 28 mai. Dans ce cas, tout est possible, y compris le chaos.
Auteur de plusieurs ouvrages, non traduits, dont L’islam, les Kurdes et l’État-nation turc (L’islam, les Kurdes et l’État-nation turc), Kurdistan : fabrication de soi nationaux ( Kurdistan : la fabrique des identités nationales) Et Istanbul, la ville des intrépides), Christopher Houston, qui a étudié les mouvements sociaux islamiques, le nationalisme et l’anthropologie urbaine en Turquie, revient sur les enjeux des élections.
Pendant vingt ans, Recep Tayyip Erdogan a dirigé la Turquie. Comment a-t-il transformé le pays et sa société ?
Erdogan est arrivé au pouvoir en 2002. Ces vingt années peuvent être divisées en deux périodes. La première quand, avec son Parti du développement et de la justice (AKP), il s’est lancé dans un mouvement démocratique en commençant à faire des changements constitutionnels de 2002 à 2010.
À l’époque, la Constitution a été rédigée par la junte militaire en 1982. Ainsi, dans un premier temps, Erdogan a cherché à minimiser lentement le rôle de l’armée et des forces armées plus largement dans la politique turque. D’une certaine manière, il y a eu des signes de démocratie, par exemple avec le lancement d’un processus de paix avec les rebelles kurdes.
Il y a eu des tentatives pour rendre la politique turque un peu plus laïque en essayant de séparer l’État et l’Islam. C’est une laïcité kémaliste historique en Turquie avec un ministère des Affaires religieuses qui contrôle en fait l’islam et ses institutions. Mais si vous avez un gouvernement pro-islamique, alors ce ministère participe à l’islamisation du pays.
Au début, Erdogan a gardé le contrôle. Mais, après dix ans au pouvoir, l’AKP a perdu ce que j’appellerais son enthousiasme réformateur. Il faut dire que les premières réformes économiques ont conduit à la création d’une nouvelle classe d’affaires et d’une nouvelle bourgeoisie. Celles-ci font pression sur le gouvernement depuis 2012 en faveur d’une politique orientée vers les entreprises. En 2013, une forte révolte de la société civile a éclaté contre le gouvernement, qui a commencé à Istanbul. Mais il a été supprimé au bout de six semaines. De ce fait, il est devenu très difficile pour la société civile de s’organiser de la même manière. Cela marque le début de la deuxième période au pouvoir…
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