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Soweto : le jour où le ghetto a craqué

Le 16 juin 1976 éclataient des émeutes dans le ghetto d’Afrique du Sud, qui devaient, à terme, conduire à la fin de l’apartheid. Souvenirs.

Le 16 juin 1976, des milliers d’écoliers descendent dans les rues du township de Soweto pour dénoncer l’imposition dans l’enseignement de l’afrikaans, la langue de l’oppresseur. La police riposte, c’est le bain de sang – et le début de la fin de l’apartheid. 40 ans plus tard, d’anciens écoliers se rappellent ce jour où l’histoire de l’Afrique du Sud a basculé.

Dan Montsitsi préparait depuis des mois cette marche devenue historique. Mais «ni nos parents, ni les enseignants, ni la police n’étaient au courant», raconte-t-il. Le jour J, «on n’en revenait pas du nombre d’écoliers qu’on avait réussi à convaincre» de manifester. Les gamins, la plupart) en uniforme d’école, brandissent des slogans peints sur des bouts de carton: «Au diable l’afrikaans», «L’afrikaans pue», «L’afrikaans doit être aboli».

Une «stratégie du régime» Imposer l’afrikaans à la majorité noire – qui le parle mal ou peu – était «une stratégie du régime de l’apartheid destiné à nous empêcher de réussir», témoigne Joy Rabota pi, lycéen en 1976 à Soweto et aujourd’hui homme d’affaires. «On était en train de chanter et danser au niveau de l’école d’Orlando West High quand la police est arrivée», poursuit Dan.

«Elle nous a donné cinq minutes pour nous disperser. On a refusé. Ils ont lâché un chien dans la foule. […] On leur a rendu une dépouille. Ils étaient furieux évidemment, et ils ont lancé des gaz lacrymogènes». «On a répondu avec une pluie de pierres et ils ont commencé à tirer, le plus souvent dans le dos des écoliers pendant qu’on s’enfuyait.»

Le premier à tomber est Hector Pieterson, 13 ans. La photo en noir et blanc de son cadavre porté par un camarade en larmes, au côté de sa sœur effrayée, a fait le tour du monde. Elle suscite l’indignation internationale. «On ne pensait pas que quelqu’un puisse mourir juste parce qu’il marchait dans la rue le poing levé, se rappelle Trofomo Sono, lycéen en 1976. Les garçons se protégeaient des balles avec des couvercles de poubelles.» Dès le lendemain, «le pays est en feu», se rappelle Dan. «Tout d’un coup, on ne craignait plus la police, ni les Afrikaners, on était prêts à se battre.»

La Nouvelle Expression

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