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Sonara : la raffinerie de Limbé vraiment prête à renaître ou simple promesse suspendue aux milliards de dettes ?

Après plus de six ans d’arrêt forcé, la Société nationale de raffinage (Sonara) promet de relancer sa raffinerie de Limbe d’ici décembre 2027. Mais le retour annoncé de cet outil industriel, jadis d’une capacité de 42 000 barils par jour, s’annonce partiel et semé d’incertitudes.

Selon le cabinet britannique Ekium, seulement 75 % des installations peuvent être récupérées, tandis que 8 % sont définitivement perdues et 17 % restent à évaluer. Autrement dit, même dans le meilleur des cas, la raffinerie ne retrouvera pas sa pleine puissance, et des doutes persistent sur la faisabilité d’une reprise dans les délais fixés.

Le plan de réhabilitation, baptisé Parras 2024, a été entériné le 13 août dernier par le conseil d’administration de la Sonara. Officiellement, les premiers travaux devraient débuter en janvier prochain pour préparer un redémarrage progressif.

Pourtant, plusieurs voix internes au dossier se montrent prudentes : « Au stade actuel, l’entreprise ne pourra pas fonctionner avant trois ans », confie une source proche, qui met en garde contre un optimisme de façade. Le chantier se heurte surtout à un mur financier.

La Sonara traîne une dette bancaire de 261 milliards de FCFA, rééchelonnée sur dix ans, et doit encore honorer plus de 220 milliards de créances auprès de grands négociants pétroliers comme Vitol, Trafigura ou Mercuria. La relance passera donc par une recapitalisation et de nouveaux partenariats, sous la forme d’un fragile équilibre public-privé.

Au-delà de la réparation, l’entreprise veut projeter l’image d’une raffinerie modernisée, capable de répondre aux normes internationales. Entre 2028 et 2030, elle prévoit l’installation d’unités nouvelles : hydrocraqueur pour transformer les produits lourds, hydrotraitement du diesel pour réduire le soufre, isomérisation pour améliorer l’essence.

Ces équipements doivent hisser la production aux standards Afri 5/6 et aux règles environnementales de l’Organisation maritime internationale. Une deuxième phase, attendue entre 2031 et 2035, viendrait compléter cet arsenal avec une nouvelle distillation atmosphérique et un second hydrocraqueur, portant à terme la capacité annuelle à 3,5 millions de tonnes.

Mais derrière ces annonces ambitieuses se cache une question centrale : le Cameroun dispose-t-il réellement des moyens financiers et de la gouvernance nécessaires pour transformer la Sonara en raffinerie moderne et compétitive ?

L’entreprise rassure sur l’approvisionnement du marché local en produits importés, mais cela reste une solution temporaire, coûteuse et dépendante des fluctuations mondiales.

La relance de Limbe pourrait bien être une promesse de plus, suspendue à la capacité du pays à sortir du cycle des dettes et des retards, pour enfin bâtir un outil industriel digne de ses ambitions énergétiques.

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