Cadre discret du dispositif de protection du président Paul Biya, l’actuel numéro deux de la DSP semble avoir habilement tiré parti de la guerre de clans qui agite l’entourage du chef de l’État.
Par Yves Plumey Bobo, Jeune Afrique
Publié le 4 novembre 2024
Il accompagne désormais le chef de l’État du Cameroun, Paul Biya, dans chacun de ses déplacements. Habituellement discret, Dieudonné Evina Ndo, numéro deux de la Direction de la sécurité présidentielle (DSP, dirigée par Ivo Desancio Yenwo) est quelque peu sorti de l’ombre à la faveur de plusieurs scandales qui ont secoué l’entourage du Président ces derniers mois. Le dernier exemple en date ne date que de quelques semaines et a eu lieu à Genève, en Suisse.
La première dame, Chantal Biya, a en effet, lors du long séjour de son époux en terres helvètes, eu une altercation avec l’un des hommes de confiance de Paul Biya, le contre-amiral Joseph Fouda, impliqué dans l’affaire Hervé Parfait Mbapou. Habituellement pilier du système sécuritaire déployé autour du Président, Fouda a été prié de rentrer au Cameroun avant le chef de l’État et semble depuis faire l’expérience d’une disgrâce dont on ne sait si elle sera temporaire ou définitive.
Cambriolage au palais présidentiel
En son absence, et en celle d’Ivo Desancio Yenwo, c’est Dieudonné Evina Ndo qui a pris en main la sécurité du Président et de son épouse. Or, quelques mois plus tôt, c’était aussi à lui qu’avait été confiée l’enquête au sujet du cambriolage du bureau de Samuel Mvondo Ayolo, directeur du cabinet civil de la présidence, au deuxième étage du palais présidentiel. Les cambrioleurs avaient emporté des documents et de l’argent et avaient également brisé une vitre avant de quitter les lieux.
Dans un contexte de guerre des clans au sein des cercles présidentiels, ce cambriolage est loin d’être anodin et les soupçons sont nombreux alors que Samuel Mvondo Ayolo entretient une rivalité notoire avec Ferdinand Ngoh Ngoh, le secrétaire général de la présidence. En attribuant cette enquête à Dieudonné Evina Ndo, Paul Biya fait donc de ce dernier un homme de confiance. Mais c’est l’affaire Hervé Parfait Mbapou qui va consacrer ce statut.
Mbapou, homme d’affaires bien connu des cercles de pouvoir de Yaoundé, est en effet accusé d’être à la tête d’un réseau d’escroquerie utilisant les noms de certaines hautes personnalités – complices ou non – pour soutirer de l’argent à des acteurs politiques ou économiques du pays. Parmi les personnes soupçonnées de l’avoir soutenu figurent le contre-amiral Joseph Fouda mais aussi Judith Marionne Nyandjock, une employée du secrétariat général de la présidence.
Une épouse opportunément promue
Or cette dernière est aussi une proche de la première dame, qui la considère comme sa nièce. C’est d’ailleurs Chantal Biya qui, lorsque sa protégée est interpellée en août dans le cadre de l’affaire Mbapou, va réclamer à Cléopasse Medoulou, intendant adjoint de la présidence, et à Dieudonné Evina Ndo la libération de Nyandjock. La manœuvre échoue cependant et la première dame est contrainte de se tourner vers le ministre chargé de la Défense, Joseph Beti Assomo.
À la suite de cette pression, les autorités judiciaires finissent par relâcher Hervé Parfait Mbapou et tous les suspects, dont Judith Marionne Nyandjock, le 20 septembre. Le signe de l’influence de Dieudonné Evina Ndo, l’un des relais de Chantal Biya ? Le numéro deux de la DSP a en tout cas pu mesurer son entregent dans une autre affaire, plus personnelle cette fois, impliquant sa propre épouse, Georgette Nathalie Melokol, directrice de l’École pratique de Binguela.
Celle-ci a en effet été accusée récemment d’avoir détourné près de 2 milliards de F CFA (3 millions d’euros). Un rapport confidentiel de six pages a même été transmis à la présidence de la République tandis que la Commission nationale anti-corruption (Conac) a été saisie et que Georgette Nathalie Melokol a été convoquée au Tribunal criminel spécial (TCS). Le document lui impute de multiples détournements de fonds provenant du ministère de la Défense ou encore de la Fondation Saint-Martin d’Otélé.
Bons de commande fictifs
Il est également reproché à l’épouse de Dieudonné Evina Ndo l’émission de bons de commande fictifs, l’acquisition de bus censés coûter 40 millions de F CFA mais introuvables selon les enquêteurs, le déplacement abusif de proches pour le Salon de l’agriculture de Paris en 2024… Le rapport a été divulgué lors du récent séjour de Paul Biya en Suisse. Pourtant, ce dernier, à son retour au Cameroun le 23 octobre, a signé un décret nommant Georgette Nathalie Melokol première secrétaire à l’ambassade du Cameroun en France, un poste nouvellement créé.
Est-ce un autre indice de la montée en influence de Dieudonné Evina Ndo, ex-précepteur des enfants du couple Biya en Suisse et protégé de la première dame ? Il y a un an, Chantal Biya avait recommandé sa nomination à la tête de la Garde présidentielle, en remplacement du colonel Raymond Jean Charles Beko’o Abondo. Mais Paul Biya avait rejeté cette proposition. Beko’o Abondo, maintenu, est l’un des membres d’un carré de fidèles du Président.
Outre Joseph Fouda – en conflit avec la première dame actuellement –, Ivo Desancio Yenwo et Christophe Foé Ndi, intendant principal du palais, font également partie de ce cercle restreint dévoué au chef de l’État. Mais le patron de la DSP est aujourd’hui talonné par Dieudonné Evina Ndo tandis que le grand ordonnateur du palais d’Etoudi a vu monter en puissance, ces derniers temps, Cléopasse Medoulou Mengolo, un proche de la première dame.







