Ce lundi 4 août 2025, au Palais des Congrès de Yaoundé, une audience du Conseil constitutionnel a viré à la révélation d’un scandale d’État d’une gravité exceptionnelle.
Voulant à tout prix faire invalider la candidature surprise de Maurice Kamto, investie par le MANIDEM d’Anicet Ekane, le ministère de l’Administration territoriale (MINAT) a livré une pièce qui pourrait bien se retourner contre lui : une correspondance officielle affirmant qu’Anicet Ekane ne serait plus président du MANIDEM depuis 2021.
Mais cette tentative de disqualification, plutôt que d’affaiblir Maurice Kamto, a mis à nu une opération de détournement présumé de fonds publics impliquant directement le MINAT.
« Si le MINAT, sachant depuis 2021 que M. Anicet Ekane n’était plus le représentant légal du MANIDEM, a malgré tout continué à lui reverser ces émoluments (cette aide au parti politique), cela signifie qu’il y a un détournement de fonds quelque part. » a affirmé Edmond Kuaté, surpris par ce document du MINAT lu par ses avocats au Conseil constitutionnel.
Une incohérence qui révèle un système
Depuis 2018, le ministère dirigé par Paul Atanga Nji a reconnu, appuyé et financé Anicet Ekane comme président du MANIDEM. Chaque année, le parti percevait l’aide publique accordée aux partis politiques, sur la base de documents signés et validés par Ekane.
Jusqu’à récemment, c’est lui qui représentait le MANIDEM dans toutes les concertations politiques organisées par l’administration, y compris celles concernant le processus électoral de 2025.
Or, selon le document lu par les avocats d’Elecam ce lundi, le MINAT affirme désormais qu’Anicet Ekane n’a plus cette qualité depuis… 2021. Cette information, jamais rendue publique jusqu’ici, est apparue comme un coup monté de dernière minute, uniquement destiné à invalider la candidature de Maurice Kamto, portée par un MANIDEM subitement déclaré « illégitime ».
Mais une question cruciale s’impose : si le MINAT savait qu’Ekane n’était plus président, pourquoi a-t-il continué à lui reverser les subventions de l’État jusqu’en 2025 ?
Le Minat pris à son propre piège
À force de vouloir manipuler les règles, le régime s’est piégé lui-même. En tentant d’évincer Kamto sur la base d’un « faux président » du MANIDEM, il a livré la preuve qu’il a entretenu, pendant quatre ans, une relation financière et administrative avec un homme qu’il savait non habilité à représenter son parti.
Deux hypothèses se présentent alors, et toutes deux accablantes :
1. Soit le MINAT ment aujourd’hui au Conseil constitutionnel pour faire tomber Kamto, et Anicet Ekane est bel et bien toujours président du MANIDEM, ce qui rend caduque toute tentative d’invalidation.
2. Soit le MINAT dit vrai, et dans ce cas, il est coupable d’avoir organisé, validé et couvert un détournement de fonds publics depuis 2021, en maintenant des versements à un dirigeant illégal.
Dans les deux cas, la responsabilité de Paul Atanga Nji est engagée, au minimum pour faux et usage de faux en audience publique, au pire pour complicité de détournement de fonds publics, escroquerie administrative et manipulation d’un processus électoral.
Une mafia d’État à ciel ouvert
Ce qui ressort de ce scandale dépasse le simple cadre d’un contentieux électoral : il s’agit d’un système institutionnalisé de manipulation politique par le pouvoir exécutif, à travers le ministère de l’Administration territoriale. Ce ministère ne se contente pas de superviser les partis politiques, il les infiltre, les fragmente, les achète, les finance, puis les élimine quand ils ne servent plus.
Anicet Ekane a longtemps été perçu comme un allié du régime. Son revirement récent, avec l’annonce de l’investiture de Maurice Kamto au nom du MANIDEM, a manifestement déclenché une opération de sabotage orchestrée depuis le sommet de l’appareil d’État.
Ce que démontre cette affaire, c’est que le MINAT fonctionne comme une mafia d’État : il distribue les fonds publics selon la loyauté politique des partis, falsifie les documents officiels pour régler ses comptes, et instrumentalise la justice à des fins partisanes.
Vers une plainte pour détournement de fonds publics ?
Au sortir de l’audience, plusieurs voix dans la société civile ont commencé à appeler à l’ouverture d’une enquête judiciaire indépendante sur la gestion des subventions publiques aux partis politiques, et la responsabilité directe du MINAT dans cette affaire.
Le scandale est d’autant plus retentissant qu’il est documenté par une pièce officielle produite par le ministère lui-même, en pleine audience constitutionnelle. Ce document, destiné à servir d’arme contre Maurice Kamto, pourrait bien devenir la pièce à conviction d’un détournement de fonds publics de grande ampleur.
Ce lundi 4 août pourrait bien marquer un tournant dans cette présidentielle : celui où la tentative d’élimination politique s’est muée en aveu public de malversations d’État.







