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« Sans Biya, c’est le crash » : le discours de René Emmanuel Sadi qui divise

En ouverture de la campagne présidentielle dans la région du Centre, René Emmanuel Sadi, ministre de la Communication et président de la Commission régionale de campagne du Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (RDPC), a livré un discours le 28 septembre 2025 qui n’a pas laissé indifférent.

Face à ses militants, il a défendu avec vigueur la candidature de Paul Biya, au pouvoir depuis 43 ans, en insistant sur la nécessité de maintenir l’expérience au sommet de l’État. L’enjeu, selon lui, est simple : écarter les candidats de l’opposition qu’il considère comme incompétents ou inexpérimentés pour assumer la magistrature suprême.

Dans son allocution, René Emmanuel Sadi a martelé que « la Présidence de la République n’est pas un champ ouvert à l’amateurisme, à l’apprentissage de la gestion des affaires étatiques ».

Pour lui, diriger le pays exige bien plus que des diplômes ou des capacités théoriques : « la seule aptitude à spéculer ou à brasser des idées ne suffit pas. Au savoir savant, il faut ajouter l’expérience et la sagesse », a-t-il déclaré.

En filigrane, le ministre a tenté d’assimiler Paul Biya à un « commandant de bord qui rassure », allant jusqu’à prévenir qu’un changement à la tête de l’État pourrait provoquer « le crash, la catastrophe ».

Mais au-delà de la forme rhétorique, l’argumentaire de René Emmanuel Sadi soulève plusieurs interrogations. En réduisant ses adversaires politiques à des « aventuriers » et des « amateurs », il évite soigneusement d’aborder le bilan réel de Paul Biya, marqué par une économie stagnante, une jeunesse frappée par le chômage et une crise sécuritaire persistante dans plusieurs régions.

La métaphore du pilote qui rassure peut paraître en décalage avec le sentiment d’abandon et de lassitude exprimé par de larges franges de la population. De plus, en campant sur l’idée que seule l’ancienneté garantit la stabilité, René Emmanuel Sadi se prive d’un débat de fond sur l’avenir du pays.

Ces déclarations s’inscrivent dans une campagne où le RDPC peine à convaincre par des réalisations concrètes et préfère brandir la peur du changement comme ultime argument. Elles traduisent aussi la stratégie du pouvoir consistant à personnaliser le scrutin autour de Paul Biya, en marginalisant toute réflexion sur l’alternance et la relève politique.

Reste à savoir si ce discours de fidélité et de défiance à l’égard de l’opposition résonnera auprès des électeurs, ou s’il accentuera au contraire le fossé entre un appareil partisan vieillissant et une société camerounaise en quête de perspectives nouvelles.

MMI

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