Après des mois d’errance au large, le porte-avions Sao-Paulo (ex-Foch) va être coulé par la marine brésilienne. Que pensez-vous de ce triste épilogue ?
Jacky Bonnemains, porte-parole de l’ONG Robin des Bois La décision de saborder, de couler volontairement ce navire de guerre dans les eaux de la zone économique exclusive brésilienne, à 5 000 mètres au-dessus d’une plaine abyssale, est un scandale écologique. Mais c’est aussi une véritable insolence de la part d’un pays qui ne se rend sans doute pas compte de l’impact de cette décision en termes d’image. Le Brésil, comme toute l’Amérique latine, n’a aucune compétence dans le démantèlement des navires, qu’ils soient commerciaux ou militaires. Entre 2018 et 2022, Brasilia a expédié une bonne vingtaine de tankers et autres minéraliers en fin de vie vers le Bangladesh et l’Inde, refusant systématiquement de les démanteler dans ses propres chantiers navals. Ce fut par exemple le cas en 2020, du Stellar Banner, un minéralier de 250 mètres de long avec une petite voie navigable. Au lieu de le réparer, les autorités brésiliennes ont jugé préférable – après avoir vidé une partie du carburant – de le remorquer à 200 km des côtes et de le couler. Aujourd’hui, la même histoire se répète, encore une fois.
Comment ce navire, qui a fait les beaux jours de la Marine nationale française, s’est-il retrouvé dans une telle situation ?
Le porte-avions Foch est vendu à la marine brésilienne par la France en 2000. Lancé en 1960 et armé en 1963, il est déjà à bout de souffle. Sa dernière campagne pour l’armée française dans les Balkans est épique. Après l’avoir « réparé » pendant deux mois, la France revendit le Foch au Brésil, fier de devenir ainsi le seul pays d’Amérique latine à posséder un porte-avions lui permettant d’entraîner ses troupes et ses pilotes de chasse. Le navire est rebaptisé São Paulo. Mais à partir de 2005, les choses ont mal tourné. Un incendie dans la salle des machines a fait trois morts et une dizaine de blessés. Enfin, le São Paulo aura été très peu utilisé par la marine brésilienne, qui a décidé de le désarmer en 2017. Le navire a alors été acheté pour une bouchée de pain par un chantier de déconstruction en Turquie, afin d’y être démantelé. Face à la mobilisation tardive des écologistes et des syndicats turcs, le São Paulo et son remorqueur néerlandais sont bannis des eaux territoriales et en septembre 2021, le convoi fait demi-tour, direction le Brésil. C’est à ce moment que notre ONG a commencé à évoquer l’océanisation (sabordage – ndlr) comme l’hypothèse la plus probable compte tenu de l’histoire du Brésil dans ce domaine. Arrivé à destination, le convoi a été dirigé vers le port de Suape, dans l’État de Pernambuco, dont les infrastructures ont permis sa mise en cale sèche et donc son éventuel démantèlement. Sauf…
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