Marseille (Bouches-du-Rhône), envoyé spécial.
Pour eux, la mobilisation va de soi. « Vous ne trouverez pas beaucoup de gens dans les raffineries qui se réjouissent à l’idée de travailler deux ans de plus, sourit Sébastien Varagnol, de la CGT du site de Lavéra (groupe Ineos, Bouches-du-Rhône). Nous avons des métiers difficiles, avec des salariés sur trois à huit, qui vivent sept ans de moins que la moyenne. Résultat, tout le monde est hostile au projet de réforme, même ceux qui ne se mobilisent pas. » Le délégué doit élever la voix : le son des haut-parleurs se mêle au mistral qui se précipite sur le quai du port de Marseille, et le tout est rythmé par les détonations des pétards. En cette matinée ensoleillée, le cortège syndical s’étire lentement vers la porte d’Aix, affichant une joie conquérante – la CGT compte 180 000 personnes, à peine moins que la veille. Les premières fumées s’élèvent dans le bleu éblouissant du ciel.
« Les gens savent très bien que ce type de journée ne suffira paspoursuit Sébastien. Pour faire plier le gouvernement, il faudra peser davantage sur l’outil de travail, comme l’automne dernier. » Forcément, le souvenir plane dans la tête de chacun : à l’époque, plusieurs raffineries Total et ExxonMobil se sont mises en grève pour arracher des augmentations de salaires. On n’en est pas encore là, même si les taux de grévistes réclamés par les raffineries du département restent à des niveaux élevés et le mouvement des reconductibles s’annonce au même niveau ce mercredi. « Dans les équipes de nuit, on était autour de 90% grévistes et on était à 75% ce matinassure Fabien Cros, délégué CGT de la raffinerie Total de La Mède. Les gens se sentent très concernés par la bataille des retraites : regardez le monde qui défile aujourd’hui ! »
La volonté des salariés de se défaire
Dans la foule, on rencontre Nathalie, qui travaille au CSE de LyondellBasell depuis vingt-trois ans. Issue d’un milieu populaire – son père était ouvrier dans une ancienne raffinerie de BP -, elle a commencé à travailler à 19 ans, dès qu’elle a empoché son BEP de sténodactylographe. A 56 ans, Nathalie sait qu’elle pourra partir plus tôt, dans le cadre du dispositif « carrière longue », mais qu’elle devra encore travailler deux ans. « Partir à 63 ans plutôt qu’à 61, ce n’est pas la même choseelle explique. Je ne peux pas me plaindre de mon salaire ou de mes conditions de travail, mais passé un certain âge, on est fatigué quoi qu’il arrive. Les réveils sont plus difficiles, le dos commence à tirer… »
Nathalie se dit prête à se battre » jusqu’à la fin «, c’est-à-dire jusqu’au retrait. Ce n’est pas le seul : la plupart des salariés que nous avons rencontrés nous ont fait part de leur envie d’en découdre, à condition de ne pas partir seuls au front. « Les gars sont prêts à repartir sur un renouvelable, mais…
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