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« Relisons les classiques à travers un prisme féminin »

« La Princesse de Clèves » dit non, « Andromaque » dit non, Belle dans « La Belle et la Bête » dit non… et pourtant l’histoire a retenu que leur non voulait dire oui. Dans son livre « Au NO des femmes », Jennifer Tamas analyse ces refus et la résistance intellectuelle des femmes au 17e siècle, éclipsée par une lecture patriarcale de la littérature imposée au fil des siècles.

Les textes littéraires de l’Ancien Régime ne sont pas aussi misogynes qu’on a pu le croire. Vous proposez non pas de réécrire l’histoire mais de la relire : comment ?

Je propose deux pistes principales. Le premier est de découvrir des textes écrits par des femmes rendus invisibles ou appropriés par des hommes. La brillante pièce « La Folle Enchère », qu’Aurore Evain a récemment mise en scène, a été écrite par Madame Ulrich, mais publiée sous le nom de Dancourt, un homme. La pièce raconte l’histoire d’une mère qui refuse de marier son fils parce qu’elle n’a aucune envie de devenir grand-mère. Elle veut épouser un beau jeune homme, même si elle est veuve, et va vraiment flirter avec lui. Le jeune homme va être kidnappé… C’est intéressant, ça renverse le rapport de force. Et c’est écrit par une femme à la fin du XVIIe siècle.

Il faut aussi lire ce qu’on appelle les classiques, c’est-à-dire les textes des hommes, mais à travers un prisme féminin. Souvent, plusieurs accueils ont été faits à ces textes, y compris au moment de leur publication. Mais seul le regard masculin patriarcal a navigué vers nous. J’ai lu Sénèque, Euripide, des versions théâtrales plus contemporaines, mais Racine est particulièrement intéressant. Il écrit des choses très différentes et donne un rôle incroyable aux femmes. Toutes les pièces de Racine soulèvent la question du consentement. Ça me détruit d’entendre que les héroïnes de Racine sont des femmes en larmes, qui n’ont aucune agence… ce n’est pas ça du tout. Il montre des femmes qui ont du pouvoir, qui expriment leurs désirs, comme Phèdre qui « rougit, qui pâlit à sa vue » et qui respire le désir. Il y a vraiment une sensualité extraordinaire chez Racine, que Patrick Chéreau a notamment retranscrite sur scène lorsque Dominique Blanc dénudait sa poitrine. Cependant, le regard dominant représente parfois Phèdre comme un monument de marbre froid. Cela peut correspondre à une interprétation du texte, car la littérature est riche, mais il existe d’autres manières de la lire.

Le propre fils de Racine a lu « Bérénice » nous expliquant que c’est elle qui impose une leçon de grandeur d’âme. C’est elle qui a la fin de l’histoire. Elle est l’héroïne d’une pièce intitulée « Bérénice », et non « Titus et Bérénice ». Mais il y a tellement d’attirance pour la femme de gauche, la femme qui pleure. J’essaie de dire qu’il y a d’autres interprétations qui ont existé et qui ne nous sont pas…

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