Cameroun Actuel

Pourquoi faut-il se faire vacciner contre le Covid-19 ?

Jusqu’en fin 2020, la maladie baptisée Covid-19 (Coronavirus Disease 2019), ou vulgairement Corona, apparue en Chine en décembre 2019, était gérée par des mesures de prophylaxie sanitaire (les mesures barrières consistant à mettre des masques, se laver les mains, respecter une distanciation sociale, notamment) et la prise en charge des malades, allant jusqu’à l’assistance respiratoire. Depuis décembre 2020, plusieurs vaccins sont utilisés dans plus de 180 pays. Le Cameroun a démarré sa campagne de vaccination le 12 avril 2021 et a déjà vacciné environ 40 000 personnes.

Malheureusement, des esprits retors et des anarchistes de tous bords envahissent les réseaux sociaux pour dénigrer et combattre activement toutes les dispositions de gestion de la maladie, en particulier la vaccination.

Et pourtant, l’arrivée des vaccins constitue la voie royale pour vaincre cette pandémie. Pourquoi ?

D’abord, parce que, contrairement aux autres SRAS (syndrome respiratoire aigu sévère), le SARS-CoV-l, apparu en fin 2002 et le MERS-Cov qui a éclaté en 2012, ou encore à la grippe aviaire, à la vache folle ou même à Ebola, le Covid-19 est devenu rapidement une pandémie d’ampleur mondiale, mettant à* mal les systèmes de santé et l’économie de toute la planète.

Ensuite, si les mesures de prophylaxie sanitaire ont réussi à contenir ces différentes maladies émergentes, ni le port des masques, ni les confinements, ni les fermetures de frontières, n’ont suffi à endiguer la progression du Covid-19.

Par ailleurs, si le personnel de santé a été fortement mobilisé pour sauver des vies menacées par Covid-19, il n’y a pas de traitement étiologique contre cette maladie virale. Il faut savoir que s’il y a des désinfectants virucides (c’est-à-dire des produits qui tuent les virus à l’extérieur), il n’y a pas de produits administrables aux malades qui soient virucides.

En effet, contrairement aux maladies bactériennes ou parasitaires qui sont traitées par des antibiotiques ou des antiparasitaires, l’on ne dispose pas encore de médicaments qui détruisent les virus dans l’organisme malade. Les antiviraux utilisés contre le sida, les grippes ou l’herpès agissent en bloquant la multiplication du virus, permettant aux défenses immunitaires de l’organisme de détruire ou de contrôler les virus, mais ne tuent pas les virus. Par conséquent, le traitement des malades de Covid-19 a consisté essentiellement en traitement symptomatique, y compris l’oxygénation des personnes en détresse respiratoire, en renforcement du système immunitaire.

Le recours à la vaccination repose d’abord sur les succès de celle-ci contre de nombreuses maladies. La variole a été éradiquée grâce à la vaccination. La méningite et les maladies du programme élargi de vaccination (la rougeole, la diphtérie, la coqueluche, le tétanos, la poliomyélite et la tuberculose) sont toutes contrôlées par la vaccination.

Les pédiatres et le personnel de santé publique peuvent en témoigner. Il faut ajouter que les vétérinaires ont fait la preuve de l’efficacité des vaccins pour contrôler d’autres maladies à coronavirus. Parmi celles-ci, la plus fréquente dans notre pays est la bronchite infectieuse de la volaille.

Les éleveurs savent qu’ils ne peuvent pas conduire des bandes de poulets de chair, encore moins de poules pondeuses sans un suivi strict du programme de vaccination contre la bronchite infectieuse, y compris les vaccins contre les souches variantes des coronavirus responsables de cette maladie aviaire.

S’agissant du Covid-19, même, les premiers résultats de la vaccination confirment les attentes des chercheurs et des responsables de la santé. Actuellement, 1,3 milliard de doses de vaccin ont été administrées dans le monde, et 315 millions de personnes ont reçu la vaccination complète, soit 4% de la population mondiale. Israël, le premier pays à avoir atteint 56% de sa population ayant reçu la dose complète a ramené les nouveaux cas de 12 000 au 27 janvier à 8 cas le 9 mai !

Le Royaume Uni, avec seulement 26% vaccination complète a inversé la tendance des nouvelles infections : 1 770 cas le 9 mai contre 60 000 le 9 janvier. Même les Etats Unis, le pays le plus touché par la pandémie, a divisé par 10 le nombre de nouveaux cas entre le 9 janvier et le 9 mai, après avoir intensifié la campagne de vaccination qui a déjà touché 34%.

Cela dit, peut-on faire confiance aux vaccins anti-Covid 19 ?

Oui, tout à fait. Les vaccins anti-Covid-19 ont bénéficié d’une mobilisation exceptionnelle des financements et des techniques nouvelles de recherches qui ont permis de mettre en oeuvre dans un délai record de plusieurs vaccins. Mais ils sont fabriqués avec toute la rigueur et tous les contrôles nécessaires pour assurer leur sûreté et leur efficacité.

Une question qui revient souvent est celle de savoir si on doit se faire tester avant de se faire vacciner ? La réponse des experts est non. Bien entendu, le principe général de la vaccination est qu’on ne doit vacciner que des sujets sains, par conséquent, si on est malade, avec une forte fièvre, on ne va pas se faire vacciner. Mais les centaines de millions de personnes déjà vaccinées de par le monde n’ont pas été testées au préalable.

Les effets secondaires tant redoutés et fantasmés par des colporteurs de messages anti-vaccins, sont tout à fait insignifiants ou nuis, pour la plus grande majorité des personnes vaccinées. Et c’est semblable aux effets secondaires provoqués par tous les vaccins. Les mamans qui reviennent de la vaccination de leurs bébés savent qu’ils peuvent faire une fièvre passagère.

Peut-on recevoir en primovaccination deux vaccins différents ? Une étude est en cours et devrait livrer ses conclusions d’ici un an. Quel est l’âge minimum de la vaccination ? Pour l’instant, la plupart des vaccins sont administrés aux personnes de plus de 16 ou 18 ans. Parce ce que les personnes plus jeunes font moins souvent de formes sévères de la maladie et ne .sont donc pas prioritaires pour le moment.

Et aussi parce que les études ont été menées sur des personnes plus âgées ; néanmoins, compte tenu du nombre de contacts entre jeunes, la question de la vaccination des jeunes de 12 à 16 ans se pose déjà avec acuité. La durée de l’immunité reste également à affiner avec l’administration des vaccins à une plus grande échelle. Enfin, une fois vacciné, peut-on se défaire des mesures barrières ?

Tant que la vaccination n’aura pas touché une proportion de la population assurant la protection collective, il est recommandé de respecter les mesures de prophylaxie sanitaire, même après la vaccination. Mais, comme on le voit dans certains pays où la vaccination a bien avancé, les personnes vaccinées sont autorisées à reprendre une vie normale.

La méfiance vis-à-vis du vaccin anti-Covid 19 observée actuellement au Cameroun, voire son rejet parfois virulent, est nourrie par des campagnes d’anarchistes de tout poil. Face à cette situation, les Pouvoirs publics doivent déployer des moyens conséquents pour l’information et la formation du personnel de santé et de la population cible, en usant de tous les médias et des moyens d’affichage existants.

Avec la décision du Président des USA de plaider en faveur de la levée des brevets sur les vaccins, nous pouvons espérer que les pays à moyens limités auront aussi accès à ce précieux sésame qu’est la vaccination anti-Covid-19. C’est elle qui nous libérera des contraintes actuelles imposées par la lutte contre cette pandémie.

Dr Albert DOUFFISSA
Ancien Président de l’Ordre national des vétérinaires du Cameroun et ancien Responsable Afrique francophone du laboratoire Merial.

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