L’économiste et analyste politique camerounais Dieudonné Essomba appelle à un recentrage du débat électoral sur les programmes, estimant que la campagne présidentielle s’égare dans des logiques de coalition « folkloriques » et inefficaces face au pouvoir en place.
L’analyste met en avant la pertinence du programme porté par Joshua Osih, qu’il considère comme le seul offrant une stratégie claire et chiffrée. Le cœur de cette proposition repose sur une redistribution équitable des 7.500 milliards de francs CFA de recettes publiques entre l’État central et les dix régions, afin de permettre à chaque entité de disposer de moyens conséquents pour son développement.
Lire sa tribune :
CAMPAGNE ÉLECTORALE : PASSONS ENFIN AUX CHOSES SÉRIEUSES, LES PROGRAMMES
Comme on peut le voir, la campagne présidentielle est en train de basculer dans le folklore, avec ces tentatives de plus en plus désespérées de trouver un champion qu’on va opposer à Biya.
On l’a dit et redit : le « Biya Must Go » ne peut pas être un programme politique de changement. On ne peut pas venir à bout de ce régime, uniquement sur la base des frustrations liées à sa longue durée ou de ses supposés échecs, sans un programme mobilisateur.
La haine ne saurait être un argument de mobilisation contre un régime de ce type, surtout dans notre contexte d’extrême diversité et de centralisation du pouvoir. C’est clairement une fausse piste qui ne conduira nulle part. Les chances de battre Biya sur la base des coalitions politiciennes opportunistes sont totalement nulles, tout simplement parce qu’un tel programme n’est pas suffisamment mobilisateur pour venir à bout de son régime. Ni aujourd’hui, ni demain.
C’est une blague de mauvais gout qui finira en eau de boudin.
J’ai dit et j’ai répété que le seul moyen de battre Biya est de lui opposer un modèle alternatif suffisamment attractif pour mobiliser de larges pans de la société camerounaise. Et ce modèle est simple : le partage de l’argent et des postes qui se trouvent concentrés à Etoudi.
C’est en expliquant clairement aux Camerounais que leur problème vient de la gestion monopolistique des 7 500 milliards d’argent collectif et qu’il est désormais temps que chaque région gère une bonne partie de sa part que nous allons susciter un mouvement de fond capable de venir à bout de Biya.
C’est de ce point de vue que le Programme d’OSIH reste le plus pertinent, non seulement parce qu’il est de très loin le plus efficace du point de vue du développement économique et social, mais aussi parce qu’il fonde la seule stratégie opérationnelle pour battre Biya sur le terrain.
L’avantage du Programme d’Osih, tel qu’il l’a présenté, est qu’on peut facilement en faire des simulations et valider sa faisabilité et sa pertinence.
Prenons le cas du partage des ressources de l’État central.
Ces ressources proviennent grosso modo, pour moitié des impôts dont la fameuse TVA, payés pour l’essentiel par les capitaux étrangers.
La douane contribue pour le quart et le secteur pétrolier pour l’autre quart. Ce sont des ressources très concentrées et il est naturel qu’elles soient reconduites même dans un Cameroun fédéral.
Pour OSIH, cet argent doit être partagé entre l’État, et on peut prendre moitié-moitié.
Voyons maintenant les parts respectives de chaque État régional, afin de prouver la viabilité de chaque État.
Dans ce modèle organisationnel, l’État central garde la moitié des ressources, soit 3250 milliards, et les États régionaux gèrent l’autre moitié. Les ressources affectées aux États régionaux peuvent être réparties suivant une clé de répartition composée de 7 critères :
1. UNE DOTATION DE STRUCTURE, qui finance les coûts de structure de chaque État (Parlement, Gouvernement, etc.) et qui est la même pour tous les États : 5%
2. UNE DOTATION HISTORIQUE, visant à marquer le caractère historique et inaliénable de la Réunification entre les 2 Cameroun, et qui représente 10% de la dotation fédérale, dont 5 % pour tous les États anglophones et 5 % pour tous les États francophones.
3. UNE DOTATION DÉMOGRAPHIQUE, liée à la population de chaque Région, celle-ci désignant les citoyens de l’État (populations autochtones et résidents de longue date) : 40 %.
4. UNE DOTATION GÉOGRAPHIQUE, proportionnelle à la taille de la Région : 15 %
5. UNE DOTATION DE COMPENSATION D’ÉLOIGNEMENT DES PORTES D’ENTRÉE, visant à limiter les surcoûts d’investissement des Régions éloignées des ports (Douala, Kribi) : 5%
6. UNE DOTATION DE RATTRAPAGE DES RETARDS OBJECTIFS : établie sur la base des indicateurs d’accessibilité au moment de l’instauration du système : 10 %.
7. UNE DOTATION FLOTTANTE, permettant des ajustements, et qui est répartie par le Parlement fédéral entre les États qui ont un problème spécifique sur la base de leur demande (catastrophes, guerres, etc.) : 5%
Sur la base de ces critères, nous nous retrouvons avec la répartition indicative suivante en milliards :
Adamaoua………..313,3
Centre………..……412,0
Est………..………..335,5
Extrême-Nord…538,4
Littoral………..……294,5
Nord………..………..413,9
Nord-Ouest……….. 350,2
Ouest………..……….. 361,5
Sud………..………..… 173,5
Sud-Ouest………..… 307,0
Ce sont des sommes considérables qui permettent à ces États régionaux de fonctionner. Et c’est cela le programme qu’il faut suivre et bâtir, car c’est cela le Cameroun de demain.
Nous verrons dans les prochains posts comment chaque État régional peut gérer ses ressources pour se développer.
Dieudonné Essomba
NOTA BENE : je ne suis pas un porte-parole d’Osih et ce que je développe ne relève pas des instructions qu’il me donne. Par contre, je suis exégète de son programme qui me séduit depuis 2018, et j’essaie d’en évaluer la faisabilité opérationnelle.







