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Michael Ngadeu dénonce le huis clos sur le contentieux pré-électoral au Cameroun

« Mais dans quel pays sommes-nous, au juste ? Un contentieux pré-électoral censé être public nous est complètement interdit et même les directs via les réseaux sociaux sont systématiquement interdits. À un moment donné faut arrêter. C’est pas possible. En tout cas si c’est pas un matin ça sera un soir… Allons seulement. ». Michael Ngadeu, sur Snapchat, 4 août 2025.

Ce message, posté par le défenseur central des Lions Indomptables Michael Ngadeu, résonne aujourd’hui comme un cri de colère, de frustration, mais surtout d’alerte citoyenne.

Car derrière ces mots, c’est tout un peuple qu’il interpelle, alors que le Conseil constitutionnel, censé garantir la transparence du processus électoral, s’enfonce dans l’opacité la plus totale.

Depuis le lundi 4 août 2025, les recours déposés par les candidats recalés à la présidentielle font l’objet d’un contentieux pré-électoral. Conformément à la loi électorale camerounaise, ces audiences doivent être publiques.

Et pourtant, les médias ont été interdits de retransmission, et les agents de sécurité ont formellement empêché toute diffusion en direct sur les réseaux sociaux, même par les téléphones portables.

Une démocratie derrière les rideaux

Ce huis clos imposé ne repose sur aucune disposition légale claire. Il traduit au contraire une volonté manifeste de verrouiller l’information, de contenir l’opinion publique et de neutraliser le rôle des médias comme contre-pouvoir démocratique.

Ce que Michael Ngadeu exprime ici, ce n’est pas uniquement un désaccord personnel. C’est la voix d’un Camerounais engagé, scandalisé par l’absurdité d’un pouvoir qui bafoue ses propres lois. Quand un contentieux censé être public devient subitement un huis clos étanche, ce n’est plus de la justice, mais une mise en scène autoritaire.

Priver le peuple d’information, c’est l’exclure de sa propre destinée

Dans une démocratie, le droit à l’information est un droit fondamental. Il permet au citoyen de suivre, comprendre, critiquer ou soutenir les choix politiques faits en son nom. Lorsqu’on prive le peuple de cette possibilité, on ne lui enlève pas seulement des mots : on lui retire son pouvoir de décider.

Une élection présidentielle n’est pas un événement banal. Elle engage la vie de tous pendant sept années, conditionne les politiques de santé, d’éducation, d’économie, de liberté publique.

Si les Camerounais ne peuvent ni voir, ni entendre, ni comprendre les débats autour des candidats, alors ils ne votent plus en conscience, mais à l’aveugle. Ils deviennent les spectateurs passifs d’un film dont le scénario a été écrit sans eux.

La presse muselée, les réseaux sociaux traqués

Le cas de ce contentieux n’est pas isolé. Depuis plusieurs années, la presse camerounaise subit des pressions, des intimidations, voire des interdictions brutales.

Les correspondants de chaînes internationales se voient parfois refuser l’accès à des événements politiques majeurs. Les journalistes locaux doivent composer avec la censure, les coupures d’électricité ciblées, et parfois les arrestations arbitraires.

Les réseaux sociaux, qui étaient devenus un refuge de la vérité, sont désormais dans le viseur. Toute tentative de filmer, même depuis un téléphone, est rapidement interrompue.

Les forces de sécurité, présentes en surnombre au Palais des Congrès, ne laissent rien filtrer. Résultat : les millions de Camerounais qui ne peuvent pas se rendre sur place sont condamnés au silence, à la rumeur, ou à l’ignorance.

Une manœuvre politique dangereuse

Ce black-out médiatique ne relève pas de l’amateurisme, mais bien d’une stratégie politique délibérée. En empêchant la couverture des débats, le pouvoir tente de réduire l’impact des recours, d’éviter toute remise en question, et de préserver l’apparence d’un processus sous contrôle. Mais c’est un jeu dangereux.

Car plus les institutions ferment les portes de la vérité, plus la frustration du peuple grandit, plus la défiance s’installe. Les réseaux s’enflamment, les frustrations s’accumulent, et le sentiment d’injustice devient un ferment d’instabilité.

Le cri d’un footballeur, la voix d’un peuple

Michael Ngadeu n’est pas un opposant politique. Il n’a pas de parti. Mais son indignation est celle d’un Camerounais lucide, patriote et soucieux de l’avenir de son pays. Ce cri, lancé sur Snapchat, est aujourd’hui partagé par des milliers d’internautes, des journalistes étouffés, des étudiants indignés, des travailleurs désabusés.

Oui, il est temps d’arrêter. Il est temps que le droit à l’information soit respecté. Il est temps que la loi ne soit plus une simple arme à usage sélectif, mais un fondement commun à tous. Il est temps que les institutions cessent de mépriser ceux-là mêmes qui leur donnent leur légitimité.

En conclusion : pas un matin, mais peut-être un soir…

Les mots de Ngadeu résonnent comme une promesse :

« Si ce n’est pas un matin, ce sera un soir… Allons seulement. »

Ce soir viendra peut-être plus vite que prévu. Car les voix étouffées finissent toujours par trouver un écho. Et une démocratie verrouillée finit toujours par se fissurer sous la pression d’un peuple qui refuse de rester dans l’ombre.

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