Les avocats des régions anglophones du Cameroun sont à nouveau mécontents et estiment que le gouvernement revient aux actions qui ont provoqué la grève des avocats et des enseignants de 2016, qui a ensuite dégénéré en conflit armé.
Ceci est dû à un décret présidentiel du 16 juillet 2025, privant les avocats de leur droit d’exercer simultanément la profession de notaire, une caractéristique propre aux avocats de common law.
Un notaire est un officier public qui exerce des fonctions juridiques spécifiques, notamment la prestation de serment pour les déclarations sous serment et l’attestation de signature de documents tels que les contrats, les actes ou les procurations.
Dans les juridictions de common law, les avocats sont également formés à l’exercice de la profession de notaire, contrairement aux systèmes de droit civil où les notaires sont uniquement nommés par le Président de la République.
Pendant des années, les avocats des régions anglophones exerçaient la profession de notaire, jusqu’au récent décret.
Les avocats anglophones estiment que ce décret constitue une nouvelle tentative du gouvernement camerounais à majorité francophone d’assimiler la minorité anglophone, qui a toujours dénoncé sa marginalisation par le gouvernement.
Me Anyang Lewis Forchenallah, avocat constitutionnaliste basé à Buea, a déposé une requête auprès du Conseil constitutionnel pour l’annulation du décret présidentiel de juillet.
La bataille juridique autour du décret s’intensifie
Le 19 août 2025, un groupe d’avocats anglophones, mené par Me Emmanuel Nkea, a officiellement protesté contre le décret en présentant une requête au gouverneur de la région du Sud-Ouest, Okalia Bilai, à Buea.
Les avocats ont condamné le décret n° 2025/316 du 16 juillet 2025, qui réglemente la profession de notaire, arguant qu’il porte atteinte à leurs droits et au caractère bijuridique du système juridique camerounais.
Maître Anyang Lewis Forchenallah, notaire réputé et associé gérant du cabinet Anyang Lewis à Buea, a déposé une requête détaillée auprès du Conseil constitutionnel le 21 août 2025, demandant l’inconstitutionnalité des articles 116(1) et (2) du décret.
La requête soutient que le décret viole l’article 62(2) de la Constitution de 1996, qui impose aux lois de prendre en compte les spécificités de certaines régions, telles que les pratiques de common law dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest.
Il contrevient également à l’article 3(1) et (3) de la loi n° 2019/024 du 24 décembre 2019, qui reconnaît le statut particulier de ces régions fondé sur leur langue et leur patrimoine historique, notamment le système juridique anglo-saxon.
La requête de Forchenallah soutient que, dans le système de common law, les avocats exercent traditionnellement simultanément la profession de notaire, une pratique ancrée dans la loi de 1955 sur la Haute Cour du Cameroun méridional et renforcée par l’appartenance du Cameroun au Commonwealth.
Les dispositions du décret, qui autorisent les avocats anglophones à exercer la profession de notaire uniquement jusqu’à leur remplacement par des personnes nommées par le Président et les obligeant à renoncer à leur activité pour poursuivre leur activité, sont perçues comme une atteinte à cet héritage.
« Il serait extrêmement injuste d’empêcher les avocats des régions du Sud-Ouest et du Nord-Ouest d’exercer la profession de notaire, ou de les en empêcher, et cela aurait de graves conséquences pour la population de ces deux régions anglophones », a déclaré Maître Forchenallah dans sa requête.
En outre, la pétition soutient que le décret viole la doctrine de la hiérarchie des normes juridiques, car il tente de déroger à l’article 74(1) de la loi n° 90/059 du 19 décembre 1990, qui autorise les avocats anglophones à exercer en tant que notaires.
« Légalement, un décret ne peut abroger une loi qui est une loi du Parlement », a déclaré Forchenallah, ajoutant que la loi a une valeur supérieure à un décret présidentiel.
Contexte historique
Le décret a ravivé des tensions comparables aux manifestations de 2016, lorsque des avocats et des enseignants anglophones avaient manifesté contre la marginalisation perçue des systèmes éducatifs de common law et de langue anglaise.
Les manifestations ont dégénéré en la crise anglophone actuelle, un conflit qui a fait des milliers de morts et déplacé plus de 700 000 personnes.
Les avocats anglophones considèrent ce décret comme un processus d’assimilation et accusent le gouvernement de ne pas tenir compte du cadre bijuridique établi lors de la réunification du Cameroun en 1961.
La requête de Forchenallah invoque également la doctrine de la nécessité. Elle exhorte le Conseil constitutionnel à admettre l’affaire malgré les limitations procédurales prévues à l’article 47(2) de la Constitution de 1996, qui limitent le nombre de personnes pouvant saisir le Conseil.
Il en appelle à la conscience des juges en vertu de l’article 37(2), arguant que le décret représente une menace imminente pour plus de 1 000 avocats des régions anglophones et leurs clients, sans autre recours juridique possible.
Le Conseil constitutionnel n’a pas encore répondu à la requête.







