Y a-t-il des cinéastes injustement oubliés ? Avec certitude. On peut citer le cas de Marcel Hanoun, stylistiquement proche de Robert Bresson, qui n’a jamais obtenu la reconnaissance qu’il méritait. Mais il en est d’autres encore plus obscures, dont le statut marginal reste surprenant, compte tenu de la qualité et de l’originalité de leur travail. Prenons le cas de Françoise Romand, qui tourne depuis 1977, et dont le premier long métrage, « Mix-up ou méli-mélo », a été produit par la télévision française en 1985. Sur le papier, c’est un documentaire : il retrace l’histoire de Peggy et Valérie, deux Anglaises du même âge échangées par erreur à la naissance et qui n’ont découvert la vérité que vingt ans plus tard. On peut imaginer qu’Étienne Chatiliez s’est inspiré de cette histoire vraie pour sa farce « La vie est un long fleuve tranquille ».
En gros, le cinéaste met en scène l’histoire in situ avec l’aide des femmes échangées et de leurs familles qui, apprend-on, se connaissaient. Ces personnes témoignent devant la caméra et jouent des sketches. Françoise Romand les filme de manière synthétique, ludique, avec un sens du cadrage très rigoureux. D’une certaine manière, « Mix-up » est un anti-documentaire car on ne laisse jamais tourner la caméra sans intervenir (méthode Wiseman). Au lieu de cela, les personnages reconstituent leur vie, y compris des épisodes de leur jeunesse; d’autres fois, les figurants incarnent leurs rôles lorsqu’ils étaient enfants. A cette œuvre de synthèse tournée en 16 mm s’ajoutent des bouts de films amateurs en 8 mm.
Il y a dans cette oeuvre un caractère propre, brut et graphique, dont la douce folie fait le charme irrésistible. En prenant le contre-pied des clichés sur le « cinéma du réel », en épurant la réalité à sa guise et en la réinterprétant, Françoise Romand invente un nouveau style de cinéma où la vraie vie devient à son tour une fiction, ce qui permet d’enfin sortir de la sacro-sainte routine du documentaire alternant interviews et séquences filmées sur le vif. On reviendra sur ce réalisateur trop méconnu, trop discret.
Vincent Ostria
Grb2
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