Un concert de mots où se mêlent théâtre, son et musique.
Lucie Nicolas a écrit et mis en scène Le Dernier Voyage (« Aquarius »), une création du collectif F71, dont le projet initial consiste en la production de pièces nourries par la pensée du philosophe Michel Foucault (1). Le collectif F71 revendique le travail « de l’exaspération de notre sensibilité quotidienne ». C’est clairement le cas de la malheureuse odyssée de JE’ Verseau, ce navire humanitaire avec 629 migrants à bord, condamné, entre le 8 et le 17 juin 2018, à errer d’un océan à l’autre, attendant un port où débarquer ses passagers nécessiteux. Après le refus de l’Italie et le silence gêné de la France, l’autorisation est finalement donnée d’accoster en Espagne, à Valence, à plus de 1 500 kilomètres de la position du navire en mer. Plus tard, sous la pression du gouvernement italien, Gibraltar et Panama ont retiré leurs drapeaux, sans que l’Union européenne ne lève le petit doigt.
Aucune nation n’accordera un nouveau drapeau à l’Aquarius, dont la mission a dû prendre fin après deux ans et demi d’opérations de sauvetage, au cours desquelles 30 000 vies ont été sauvées. Lucie Nicolas rencontre de nombreux protagonistes de l’affaire et c’est après une enquête minutieuse qu’elle compose son texte et décide de donner au spectacle des allures de « concert de mots où se mêlent théâtre, son et musique ». Pour ce faire, Lymia Vitte, Saabo Balde et Jonathan Heckel se multiplient rapidement en plusieurs figures (marins, humanitaires, personnalités diverses, migrants), au sein de tout un peuple de micros et de projecteurs, tandis que Fred Costa, chargé de la composition musique et son jumelé avec la scénographie (de concert avec Clément Roussillat), organise à vue des tempêtes pour l’ouïe et des discordances savantes, destinées à traduire, sur un mode sensoriel, le maelstrom d’épreuves, maritimes et politiques, que doit affronter le canot de sauvetage.
Depuis des années, le théâtre de service public s’est attaché à la forme documentaire de ce spectacle. Ne s’agit-il pas de se saisir de problèmes sociaux brûlants, en adoptant soudain, dans le champ socio-politique, d’indéniables positions d’engagement nées de l’indignation et de la prise de conscience ? Face à la confusion généralisée issue de l’idéologie dominante (comme nous l’avons dit précédemment), le théâtre documentaire ne s’inscrit-il pas, de manière violemment contradictoire, dans « le rapport universel » de quoi parlait Stéphane Mallarmé ?
Grb2
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