Cameroun Actuel

“Guibai Gatama a raison quand il dit que le Grand-Nord est victime d’une mauvaise division administrative”

L’universitaire Bana Barka à propos de la modification de la carte administrative du Grand Nord proposée par le porte-parole de 10 millions de Nordistes.

Guibai Gatama a récemment déclaré que le Grand-Nord est victime d’un découpage administratif biaisé. Flory Yonkeu en réagissant m’a rappelé l’enjeu des découpages.

Les cartes dites administratives sont d’abord des cartes politiques, voire des cartes politiciennes. Guibai a parlé de carte administrative biaisée, moi je dirais qu’elle est plutôt “biyaïsée”. Les découpages participent d’une stratégie de conquête et de conservation du pouvoir, hier par l’UNC, aujourd’hui par le RDPC.

Le parti-Etat a ainsi eu pour conséquence de transformer le pays et ses subdivisions anciennes en carte électorale, j’allais dire en “cartes électorales” dans un jeu de poker où la pertinence et l’efficacité sont toujours perdantes. Celui qui a toutes les cartes en main est aujourd’hui Biya.

En 1983 il a estimé qu’il n’en avait pas assez et pour rester maître du jeu, il a fait éclater notre Nord grand en trois Nords petits, affaiblis, divisés, rivaux. Divide and Rule.

Puis les nécessités de rapprocher l’administration des populations, autant que d’autres manœuvres politiciennes de redécoupage des territoires politiques, ont conduit à l’extension de cette scissiparité au sein de chaque province/région, contribuant certes à disperser dans un rayon plus large les efforts de développement, mais selon un dispatching qui plus aux micro-micro-arrondissements du pays organisateur, pour léser les macro-arrondissements comme Mokolo.

Guibai Gatama a raison quand il dit que le Grand-Nord est victime d’une mauvaise division administrative et de là où il vient, le Mayo Tsanaga, il est mieux placé que quiconque pour en parler, et pour apporter un témoignage pertinent sur cette logique de découpage du Renouveau qui coupe là où il ne faut pas couper, mais qui refuse de diviser là où il faudrait diviser: l’arrondissement de Mokolo est l’un des plus grands du Cameroun (1650 km), avec la plus forte densité (188 habitants/km2) et tant d’autres indicateurs qui auraient dû amener le pouvoir à y créer plusieurs communes.

Mais ce n’est pas ce qui se passe. Depuis le 31 décembre 1960, date de création de la commune, rien ou presque n’a changé en terme de redécoupage.

Les choses sont appelées à changer et cette division administrative qui divise les Camerounais fait partie des choses qui devront être rediscutées. Cartes sur tables: il faudra en effet remettre sur la table ces “mappe-cartes” et les revoir selon une logique de développement.

Qu’elles redeviennent des “map” et cessent d’être des cartes aux mains de politiciens soucieux avant tout de se tailler des fiefs électoraux que de veiller, par un mapping objectif, à atteindre les populations et leurs besoins de développement.

Là est la nuance, M. Flory Yonkeu: avoir des cartes de développement plutôt que des cartes administratives, développer plutôt qu’administrer. Sortir de la logique de maillage du territoire pour entrer dans celle d’encadrement des populations.

Cela demande des efforts et des concessions telles que bien que nous soyons d’accord sur la nécessité de redistribuer les cartes, pardon de redistribuer la carte, nous savons que cela ne sera pas une chose qui se fera avec ce régime et l’état d’esprit nombriliste qu’il a développé dans chaque arrondissement.

Une dernière chose, concernant le Grand-Nord dans ce processus. L’idée de Guibaï (si je l’ai bien comprise) est de redécouper la carte tout en conservant au Grand-Nord son unité supra-regionale, sa force de frappe de Septentrion, à travers laquelle elle constitue, symboliquement, ce monolithe ahidjo en que certains se sont plu à nier pendant longtemps.

Or, si mes souvenirs sont bons, pour vous et d’autres analystes, il est question d’effectuer les découpages pour “tuer” ce géant aux pieds de henné, le Grand-Nord politique, le Grand Enclos de moutons avec lequel Biya fait sa corrida vers Etoudi tous les 5 ans. Il y a donc une différence à ce niveau. Les Nordistes ne souhaitent pas perdre leur unité supra-regionale.

Même s’il existe des antagonismes, souvent factices et entretenus par les politiciens, il est entendu que les Nordistes savent qu’ils n’obtiendront, dans les conditions actuelles du jeu politique, que ce qu’il auront exigé et négocié en commun.

Voilà pourquoi le mouvement des 10 millions de Nordistes fait peur: il risque, si ce n’est déjà fait en partie, régénérer cette conscience identitaire et solidaire qui est si déterminante quand on veut réclamer ses droits en Afrique.

Voilà pourquoi quelque soit celui qui entreprendra le redécoupage, il se trouvera parmi les Nordistes des consciences averties pour dénoncer les logiques politiciennes qui président généralement à ces opérations de cartographie administrative.

L’idée fissi-regionale de 11e province, si ancrée dans nos esprits, est un cancer identitaire et personnellement je pense qu’on devrait laisser les régions telles qu’elles sont et faire les découpages ou les regroupements nécessaires au sein de celles-ci.

Par Baba Barka

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