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Fabrication des cercueils : dans les profondeurs illuminées de l’industrie de la mort

Malgré quelques difficultés quotidiennes liées à la conjoncture, grossistes de bois, menuisiers et vitriers présentés comme des maillons forts des pompes funèbres, ne lâchent pas pour autant prise.

« Oui mon frère on donne quel cercueil ? Il y en a plusieurs qualités ! Viens d’abord voir. Le prix est abordable mon frère! Viens d’abord ». Propos aguichants lancés à un curieux par des menuisiers spécialisés dans la fabrication et la vente des cercueils au quartier Elig-Edzoa dans l’arrondissement de Yaoundé I.

Dans ce secteur situé avant les feux de signalisation venant du quartier Omnisport, une vingtaine de personnes est au four et au moulin pour la fabrication des cercueils qui se fait à base de plusieurs bois.

« Nous utilisons l’Essingan, le Wengué, le Zingana, le ngolong, l’Ayos », révèle Brice, fabricant de cercueil depuis près de 10 ans. Ces variétés de bois font que les prix de cet outil pour macchabée ne peu- vent pas être les mêmes. Il est compris entre 150000 Fcfa-300.000 Fcfa.

« Le cercueil en ngolong sous forme de valise coûte 150000 Fcfa et en papillon 180000. Ce qui est fabriqué avec le zingana est entre 150000-170000 Fcfa. Le cercueil qui a l’allure de la bible coûte 300000 Fcfa. Les cercueils en Wengué valent 280000 Fcfa », explique-t-il.

Si actuellement ils vendent près de 10 cercueils par jour, en période de Covid, tel n’était pas le cas. « Avec l’arrivée de la pandémie à coronavirus, on faisait des jours sans travailler, sans voir l’ombre d’un seul client. La plu- part de ceux qui mourraient était enterré sans cercueil », lance-t-il.

Les bois utilisés pour la fabrication de ces cercueils sont achetés dans les dépôts de bois par pièce. Les montants sont fonc- tion de leurs qualités. « Les pièces de 2 mètres 10 du bois qu’on appelle le Zingana coûte 5000 Fcfa. La pièce de l’Essingan est comprise entre 6500-7000 Fcfa. Le Wengué est entre 7500-8500 Fcfa. Et le satellite est à partir de 6000 Fcfa », éclaircit Arial, un autre fabricant de cercueil dans la même zone. Il poursuit en relevant les entraves qu’ils rencontrent quotidiennement dans leur activité.

« Nous avons souvent des mésententes avec certains clients qui ont passé les commandes. Parfois ils arrivent et disent qu’ils ne veulent pas ce qui a le poignet en bois. Et quand on remplace par ce qui est en agent, ils refusent toujours. Et là on se retrouve dans les pertes ou dans les discussions inutiles », regrette Arial.

Approvisionnement

L’intérieur de ces commodités des morts est habillé avec des tissus blancs et parfois violets qui coûtent 1200 Fcfa le mètre. Pour ce qui est de la vitre, les prix varient d’un type à un autre.

« Les verres des cercueils en papillon et en aquarium sont installés à 15000 Fcfa, parfois à 17 000 Fcfa. Les verres des autres cercueils comme la bible, la valise et autres coûtent 5000 Fcfa », confie Dieudonné Njoké, vitrier de tous les fabricants de cercueils de cette zone. Il rappelle qu’en période de covid, les prix énoncés supra avaient flambé pour cause de pénurie des vitres sur le marché.

« Pendant la crise sanitaire, les vitres qu’on installait à 17 000 Fcfa sont passées à 25000 Fcfa. Celles de 5000 Fcfa étaient à 12000 Fcfa et parfois 15000 Fcfa. Je pense que les prix ont augmenté à cette période parce que les frontières étaient bloquées », poursuit-il.

Les différents bois pour fabriquer ces cercueils viennent de plusieurs contrées du pays. Au dépôt de bois du quartier Eleveur dans l’arrondissement de Yaoundé V, Emilienne Kadji, propriétaire d’un dépôt de bois donne ses bassins d’approvisionnement. « Nous nous ravitaillons à Esse, à Akonolinga et à Afanloum », confie-t-elle.

Un autre livreur de bois donne sa zone d’approvisionnement et relève les maux qui minent son activité. « J’achète ma marchandise en camion à Djoum dans le Sud du pays. On peut acheter la pièce à 1500 Fcfa. Mais ce qu’il fait qu’on revend à partir de 6000 Fcfa ce sont les tracasseries du voyage. Pour un tour, les contrôleurs peuvent nous faire dépenser plus de 400000 Fcfa », ajoute Benjamin.

Le drame, apprend-on, c’est que « parfois, on donne l’argent aux scieurs pour aller découper le bois avec la tronçonneuse en brousse, et quand il finit le travail, il prend la poudre d’escampette. On ne le retrouve plus. Aussi, quand c’est la saison pluvieuse, le bois devient rare pour cause du mauvais état des routes en patelin », s’indigne Evelyne.

Dilan Tachekam Kamno | Le Messager

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