Un nouveau document examiné dans le cadre de l’affaire Epstein décrit le Cameroun comme « l’un des régimes les plus corrompus d’Afrique ». Ce document provient d’un discours prononcé par le milliardaire américano-hongrois George Soros à l’École d’études internationales avancées Paul H. Nitze de Washington.
Selon ce document, il a été publié dans le magazine The American Prospect le 4 juin 2003 et envoyé par courriel par une certaine Sophia Swire à une adresse électronique désormais confidentielle, masquée par le département de la Justice des États-Unis.
On ignore à qui Swire transmettait ce courriel, mais on y voit Soros, fondateur des Open Society Foundations, déclarer lors de son discours à l’École d’études internationales avancées Paul H. Nitze de Washington : « La guerre en Irak ne favorise pas non plus la construction de sociétés ouvertes dans d’autres pays. Dans notre quête d’alliés et de votes aux Nations Unies, nous nous préoccupons moins des conditions intérieures de ces pays que nous ne devrions l’être. »
Il ajoute : « C’est le cas de la Russie, du Pakistan et de toutes les républiques d’Asie centrale, sans parler de l’Angola et du Cameroun, qui comptent parmi les régimes les plus corrompus d’Afrique. Prétendre que nous envahissons l’Irak pour y instaurer la démocratie est une imposture, et le reste du monde le perçoit comme tel. L’Alliance atlantique est fortement affaiblie, et l’OTAN comme l’Union européenne sont en plein désarroi. »
Soros plaide également pour un changement de régime dans certains de ces pays qu’il qualifie de « corrompus » :
« Je souhaite un changement de régime dans bien d’autres endroits. Je suis particulièrement préoccupé par le Zimbabwe, où le régime de Robert Mugabe ne cesse de se dégrader. Je considère également Mouammar Kadhafi comme un dangereux fauteur de troubles en Afrique. »
Ses propos laissent entendre que le mépris pour Kadhafi existait depuis longtemps en Occident, même sous la présidence d’un républicain comme George Bush. Le mépris que les Camerounais peuvent avoir pour Obama, qui a succédé à Bush et s’est contenté d’appliquer la politique étrangère américaine concernant la Libye, témoigne d’une vision étriquée des enjeux géopolitiques complexes.
« Je soutiens un projet concernant la Birmanie, ou Myanmar comme on l’appelle désormais, qui soutient Aung San Suu Kyi en tant que dirigeante démocratiquement élue. J’ai des fondations en Asie centrale et je souhaite voir un changement de régime dans des pays comme le Turkménistan. Et, bien sûr, j’espérais une victoire facile en Irak, si jamais nous entrions en guerre. »
Le milliardaire poursuit en critiquant plusieurs politiques du président Bush au Moyen-Orient et en Afrique, arguant que la démocratie ne peut être imposée, mais qu’on peut influencer les peuples à l’accepter, grâce à ce qu’il appelle « une société ouverte ».
L’article mentionne le Cameroun de manière indirecte, sans nommer Paul Biya, qui était alors au pouvoir depuis 21 ans. Le contexte est important, car quelques années auparavant, le Cameroun avait été classé pays le plus corrompu au monde par Transparency International.
C’était en 1998 et 1999 ; la description du Cameroun par Soros comme « l’un des régimes les plus corrompus d’Afrique » s’inscrit donc dans ce contexte.







