Dès les années 1920, le journal « L’Humanité » – organe officiel du Parti Communiste depuis le Congrès de Tours – considérait le sport pratiqué dans le cadre du système capitaliste comme un symbole de la bourgeoisie, qu’il fallait combattre comme telle. Néanmoins, ses journalistes ne peuvent être perçus contre le sport lui-même alors que celui-ci attire de plus en plus le public : il s’agit donc de le saisir et de le mettre au service des idéaux défendus. Fidèle à la ligne politique qui fit de la Fédération du travail sportif (FST) puis de la Fédération du travail sportif et gymnique (FSGT) des organisations de masse du Parti communiste, le journal prône une alternative qui symbolise l’unité de la classe usine Fille. Tout en relatant la plupart des événements internationaux et nationaux sur un ton critique, « l’Humanité » créera un événement qui à la fois illustre la pertinence de ses analyses et propose une alternative ambitieuse. Populaire et accessible, le cross-country – course sur terrain varié, hors route, pouvant comporter des obstacles – s’impose comme l’activité idéale pour incarner un autre modèle sportif. Et c’est naturellement dans les colonnes du journal que seront expliqués le sens et l’importance de l’événement, au fil de ses 31 éditions. Celles-ci auront lieu, en février ou mars, dans la banlieue rouge de Paris.
« Un test prolétarien de masse »
Si le Tour de France est l’exemple le plus connu d’événement sportif créé par un journal, en 1903, il en existe bien d’autres. Inauguré le 26 février 1933, le cross « Humanity » utilise donc une formule qui attire les foules, tout en se positionnant face à la concurrence. Les principes fondateurs sont posés pour la première édition : « Le but poursuivi par notre journal (…) est avant tout de réaliser une épreuve prolétarienne de masse et ainsi de lutter contre l’influence pernicieuse de la grande presse officielle qui brille encore sur beaucoup de travailleurs par l’attrait athlétique.(1) »
En tant que moyen de mobilisation collective, le sport doit avoir des répercussions sociales. Ainsi, les grèves de l’hiver 1936 offrent au journal – dont le tirage dépassait alors les 200 000 exemplaires – l’occasion de souligner la cohérence entre les luttes prolétariennes et l’unité populaire incarnée par l’événement, avec « la présence des délégués des traminos de Lille, Roubaix, Tourcoing en grève (…) et la manifestation de solidarité (…) du prolétariat parisien. Ajoutant aux acclamations en l’honneur du vrai sport, brimé par le grand capital, leur salut à ceux qui se battent pour leur pain (2) ».
Une foule d’athlètes admirative
Le nombre de spectateurs est régulièrement évoqué (par exemple, 25 000 en 1951) pour souligner la force d’attraction de l’événement, qui tend à être assimilé à une manifestation ouvrière. Admirative des athlètes, la…
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