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Crainte d’un transfert de la SONARA à Kribi : Dion Ngute dément fermement

De nombreux Camerounais, notamment anglophones, ont exprimé leurs inquiétudes quant à un prétendu projet de délocalisation de la SONARA, la Société nationale de raffinage du Cameroun, de Limbé, dans le Sud-Ouest, à Kribi, dans le Sud.

Ils ont également remis en question les propos du Premier ministre, chef du gouvernement, Joseph Dion Ngute, tenus à Buea le 31 mai concernant le maintien de la SONARA à Limbé.

Leurs craintes ont été renforcées par un récent document, prétendument visé par la Société nationale des hydrocarbures (SNH), portant le programme officiel de la pose de la première pierre pour la construction d’une raffinerie moderne intégrée et d’un dépôt stratégique de produits pétroliers à Kribi, le 17 juillet 2025.

La raffinerie de Limbé a été largement qualifiée d’inutile suite à un incendie survenu le 31 mai 2019. Les autorités ont estimé le coût de sa réhabilitation à 250 milliards de francs CFA. L’engagement du Premier ministre Ngute de commencer la reconstruction d’ici 2022 n’a pas encore été concrétisé.

Dion Ngute plaide sa cause

On ignore toutefois si ce projet, qui sera lancé à Kribi et dont le coût s’élève à 161 milliards de francs CFA pour produire 250 000 tonnes de bitume par an, remplacera la raffinerie actuellement installée à Limbé, laquelle devrait bénéficier des puits de pétrole du Ndian, département voisin de la même unité administrative.

Le Premier ministre Dion avait fait campagne lors d’un rassemblement de l’élite du RDPC à Buea, en prévision de l’élection présidentielle d’octobre, pour affirmer que le transfert de la SONARA était techniquement impossible.

Il a fait cette déclaration en présence de l’ancien Premier ministre Mafani Musonge, du gouverneur du Sud-Ouest, Okalia Bilai, de la présidente du conseil d’administration de la SONARA, Mme Bertha Ndoh Bakata, des ministres Paul Tasong et Victor Mengot, des députés des six départements du Sud-Ouest et d’autres acteurs locaux clés.

« Honnêtement, il faut compter sur la vigilance du chef de l’État : la SONARA n’existera pas. Son objectif est de raffiner le brut en produits légers. Depuis la destruction de l’usine il y a six ans, la SONARA est là », avait déclaré le chef du gouvernement au début de son discours.

Il a ensuite souligné que malgré l’inefficacité de la raffinerie actuelle, son personnel n’avait pas été rapatrié en grand nombre. Cette situation, a-t-il expliqué, était due à une structure de prix mise en place par le gouvernement pour la vente du carburant, où chaque litre de carburant acheté rapporte 47 FCFA à la SONARA.

Dion Ngute a déclaré : « J’ai en tendu dire qu’ils allaient créer une raffinerie à Kribi. C’est faux. Techniquement, c’est impossible. La SONARA a été construite par TOTAL, une entreprise française, et TOTAL l’a construite de telle sorte qu’elle importait du brut du Nigeria et le raffinait. La SONARA ne pouvait pas raffiner un litre de brut camerounais. Mais cette fois, ils vont refaire la SONARA. De telle sorte que l’objectif premier sera de raffiner du brut camerounais

Il a ajouté que le projet de relocalisation était illusoire, car Kribi se trouvait à plus de 250 km par la route de Limbé, plus proche de la zone d’extraction. « Quiconque vous dit que cela va se faire à Kribi ment », avait juré Ngute.

Expliquant cela : « 80 % du brut provient des bras morts du Fako et du Ndian. Le coût du transport serait exorbitant s’il fallait l’acheminer jusqu’à Kribi. Donc, techniquement, ce n’est pas possible », a déclaré Dion Ngute, lui-même originaire du Ndian.

La SONARA telle que nous la connaissons

Créée en 1973 et inaugurée en 1981, la SONARA met à la disposition du marché les produits pétroliers suivants : butane, essence, carburéacteur, kérosène, fioul et distillat, selon son site web officiel.

Elle précise également que la raffinerie de Limbé a une capacité théorique de 2 100 000 tonnes par an. Elle a été initialement conçue pour traiter du brut léger (Arabian Light).

Cependant, le Cameroun produit actuellement du brut lourd, et l’on constate une inadéquation entre les outils existants de la raffinerie et les bruts disponibles.

Ce que veulent les populations locales

Au-delà de la nécessité technique d’avoir la SONARA à son emplacement actuel, il y a la situation difficile des populations locales. L’un d’eux estime que les habitants du Sud-Ouest, où se trouvent les puits de pétrole, méritent l’implantation de l’entreprise pour en tirer des bénéfices sociaux.

De plus, les travaux de construction du port en eau profonde, promis à Limbé, n’ont toujours pas commencé. Nombreux sont ceux qui ont perdu confiance dans le président Biya, après 42 ans de règne, pour n’avoir pas tenu ses promesses. La vigilance est de mise.

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