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Condamnations de Genève : cris d’orfraie ou cris d’effroi?

L’intensité des cris d’indignation ne baisse pas depuis samedi dernier. Qui ignorait que la Bas allait monter sur scène ? Depuis la dernière attaque, quelles mesures avaient été prises pour endiguer le mal?

Comme il y a deux ans, les acteurs institutionnels et politiques ont à nouveau enfourché leurs trompettes pour claironner tout le ressentiment et toute la désapprobation subséquentes aux manifestations de la Bas samedi dernier à Genève.

C’est une façon pensante, croit-on savoir ici, d’exprimer ou de montrer la plénitude du soutien indéfectible à Paul Biya.

Le temps a changé, le moment où en pareilles circonstances, tous ces acteurs rentraient chacun dans son fief ou dans son village pour confectionner des motions de soutien, à qui mieux mieux, pour enjoliver le devant de la scène politique pendant une éternité.

Maintenant que les divisions sont la chose la mieux partagée au sein du sérail, le mode opératoire est à l’action ou à la carte personnelle. Même à Etoudi, assurément que l’émotion est à son comble devant une telle démonstration de loyauté à l’endroit de l’homme du 6 novembre 1982.

Personne n’est dupe pourtant au Palais, c’est une évidence que les adversaires les plus irréductibles à Paul Biya se recrutent au sein du sérail et ils peuvent de ce fait lui savonner à volonté le plancher en vendangeant ses initiatives et instructions. C’est la politique ! On donne des coups en bas de la ceinture comme on en reçoit sans geindre.

A vrai dire, devant l’épidémie d’hypocrisie qui plombe le milieu politique, il y a lieu de se demander avec quelles séquelles le pays entier se relèvera quand les écailles lui tomberont des yeux ! En lisant ces lignes, on pourrait s’affliger de n’y rien comprendre! Et pourtant!

Soyons donc plus précis : depuis deux ans que Paul Biya est rentré de Genève dans la cohue, qu’ont fait ses soutiens indéfectibles pour qu’une telle humiliation ne se répète plus? A ce niveau, les silences embarrassés seront la réponse la mieux partagée.

Construire des ponts et non des barrières

L’opinion est témoin de toute la démarche chaotique suivie pour le pouvoir pour essayer de mettre un terme à cet embarras qui devient effectivement une menace dans la gestion quotidienne du pouvoir au Cameroun. Un saupoudrage, une superficialité ancrées dans un refus établi d’attaquer le problème à la racine.

Des propos tranchés ? Loin de là car le registre des mots aiguës et pernicieux se bousculent au fronton pour vider le pus qui confuse la lucidité en de tels moments douloureux et pénibles. Pour cautériser le mal, on y a passé le baume, une panacée: l’option pour les solutions expéditives.

A Bafoussam il y deux ans par exemple, les élites Rdpc de la région de l’Ouest s’étaient réunis pour passer un savon à ces jeunes irrévérencieux qui avaient osé s’attaquer au séjour présidentiel à Genève. C’était en 2019 à la même période de l’année.

Après ces « conseils » des pères Rdpc aux fils de la région de se repentir de toute forme de violence, on s’attendait que le parti conduise la même campagne de sensibilisation à travers tout le pays. Que non! Fin.

Le message était passé du haut qu’on considérait que ce sont les fils du Binam qui ont commis le sacrilège de Genève. Soit. Mais ne fallait-il pas profiter de l’occasion donnée pour sensibiliser toute la jeunesse d’ici et au sein de la diaspora?

En se limitant à l’Ouest, la récidive peut convaincre à suffisance que soit la démarche n’était pas la bonne soit qu’elle n’était pas conduite jusqu’à son terme.

Si du côté des élites Rdpc de l’Ouest on peut au moins se féliciter d’avoir essayé avant d’échouer, que diront les dignitaires des 9 autres régions ? Ou bien pensent-ils lourdement à tort qu’il s’agit des errements exclusifs des fils du soleil couchant ? Qu’importe.

L’interrogation centrale est là, percutante et tenace: depuis que Paul Biya a été agressé il y a deux ans, qu’avez-vous fait pour que cela ne se répète plus? Ne soyons pas dupes. Un jeune Camerounais, qui plus est à l’étranger, ne saurait être prisonnier des convictions politiques de son père. Avis à ceux qui sermonnent d’aller éduquer les enfants.

Forfaiture inacceptable

Trois fois que le chef de l’État camerounais essuie un affront en terre étrangère du fait de ses concitoyens. C’est un problème que l’État du Cameroun doit prendre à bras le corps avec toute la lucidité et y apporter une médication appropriée. Comment faire pour que demain, les jeunes qui vont quitter le pays ne prennent pas le relais de tels agissements ?

La réponse exige un questionnement de fond qui ne doit laisser sur le trottoir aucun aspect. Qu’est-ce qui peut expliquer que des jeunes Camerounais se braquent aussi violemment, tenacement, contre les institutions républicaines et à la personne qui les incarne?

Si la mise à sac des ambassades avait été prise avec des gants politiques, il y a lieu de s’amender avec les derniers évènements de Genève. Les adeptes de la construction de l’inimitié politique, les partisans des clivages permanents, vont ici mettre en relief la violence comme seul moyen efficace d’extirper le mal.

Certes il peut en résulter une accalmie mais qui ne saurait être une solution pérenne. En ces temps pénibles, il est plus qu’indiqué de briser les forteresses et barrières et de construire des ponts. La Bas en dépit de sa forfaiture inacceptable est constitué par des Camerounais en rupture des convenances républicaines.

Il est donc temps d’œuvrer, à défaut d’avoir déjà essayé, pour les ramener dans les rangs. Mettre en avant l’argument du bâton pourrait être improductif et les radicaliser davantage.

Par ailleurs, condamner collectivement l’action de la Bas, donne le doux sentiment de notre unité retrouvée. Il y a de ce fait des condamnations pour exister, des condamnations de connivence pour la forme et aussi celles du cœur.

Dans cet enchevêtrement, repus, des lames de certains acteurs peuvent couler comme le font les crocodiles. Bien malin ceux qui pourront distinguer dans la mêlée, les cris de lamentations des cris d’orfraie.

Léopold Dassi Ndjidjou | Le Messager

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