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Compétition ou business de guerre ? Ce que révèle la participation du Cameroun au SWAT Challenge

La participation du Groupement polyvalent d’intervention de la gendarmerie nationale (GPIGN) au SWAT Challenge 2026, organisé du 7 au 11 février à Dubaï, continue d’alimenter débats et incompréhensions. Classée 103ᵉ sur 109 équipes, la formation camerounaise conduite par le capitaine Ebanda Jean Joël a essuyé une vague de moqueries sur les réseaux sociaux, certains y voyant un signe d’insuffisance des forces de sécurité nationales.

Sur le terrain, l’enjeu apparaît pourtant plus complexe que ne le suggère le classement. Cette compétition internationale, organisée par la police de Dubaï avec l’appui du groupe émirati EDGE, constitue aussi une vitrine pour l’industrie mondiale de la défense et de la sécurité. Pour de nombreux États, il s’agit autant d’un rendez-vous diplomatique et commercial que d’un test opérationnel, tel que l’explique le journaliste Paul Mahel dans une chronique à lire ci-dessous :

« SWAT CHALLENGE 2026 : AU-DELÀ DU SCORE

Le Groupement Polyvalent d’Intervention de la Gendarmerie Nationale (GPIGN) s’est classé 103e sur 109 équipes, à la 7ᵉ édition du UAE SWAT Challenge, organisée par la Police de Dubaï aux Émirats Arabes Unis du 7 au 11 Février dernier.

Ce score de l’équipe conduite par le Capitaine de gendarmerie EBANDA Jean Joël a suscité chez bons nombre de nos compatriotes des railleries tendant à remettre en question la compétence de nos forces de maintien de l’ordre ainsi que celles de défense et de sécurité.

Il faut également décrier la communication un peu bancale des autorités camerounaises autour de cet évènement, qui n’a pas aidé à la compréhension des tenants et des aboutissants. Pourtant, s’arrêter au score de la team Cameroun serait se limiter à la partie visible de l’Iceberg.

A y regarder de plus près on peut ressortir au moins 2 points saillants qui pourraient donner plus de relief pour apprécier la participation et la performance de l’équipe camerounaise.

I. La compétition est le prétexte, le marché est l’objectif

Le SWAT Challenge est avant tout une vitrine commerciale et diplomatique pour l’industrie de la défense et de la sécurité. Dubaî n’est pas choisie en vain. Evènement organisé depuis 2019 par EDGE Group, conglomérat émirati de défense classé parmi les 25 premières industries d’armement mondiales, est partenaire stratégique de l’événement.

Ce qui se joue en réalité c’est : la diplomatie économique de la défense. La compétition est juste l’outil marketing. Et c’est là qu’il faut saluer le courage de la participation camerounaise.

Le SWAT challenge est un instrument au service de la conquête de marchés d’armement, habillé en événement de compétition et de coopération sécuritaire internationale. C’est d’ailleurs exactement ce que font les Américains avec leurs exercices militaires conjoints, les Français avec le salon du Bourget, ou les Russes avec l’ARMIA. Du coup, nombre de pays n’y participent pas pour des raisons évidentes. La France (GIGN, RAID), l’Allemagne (GSG9), le R-U, Israel.

En Afrique, des nations bien plus grandes et mieux dotées que le Cameroun sont absentes : Nigeria, Égypte pour ne citer que ces pays
Parmi les pays les USA étaient présents avec 4 équipes, la Chine a envoyé 6 équipes après avoir sélectionné parmi 48 équipes nationales.

Les équipes qui dominent (Kazakhstan, Chine, Russie, UAE) s’y préparent spécifiquement pendant des mois, avec des programmes dédiés et des sélections nationales. C’est une compétition qui demande un investissement institutionnel massif et continu pour performer

Ces équipes disposent d’un écosystème complet derrière elles : entraînement taillé sur mesure, soutien institutionnel, partenariats industriels.

II. Le contexte de la participation du GSO et du GIGPN

Le Cameroun en est à sa deuxième participation. La première était en 2024 où le continent était représenté par le Groupement spécial d’opérations (GSO), unité d’élite de la Police Nationale qui s’était classé 72e sur 73.

Cependant, la performance des forces camerounaises n’est pas de l’incompétence. Envoyer une équipe à Dubaï avec des moyens limités, sans préparation spécifique, sans sponsor industriel, face aux meilleures unités mondiales qui s’entrainent pour cet évènement précis est un acte de courage institutionnel.

Le GIGPN et le GSO viennent du terrain, ils opèrent dans des contextes de crise réelle : Extrême-Nord face à Boko Haram, régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. Leurs décisions se prennent en quelques secondes, sous pression réelle, avec des vies en jeu et non sur un parcours chronométré. A travers lee GIGPN et le GSO, les autorités camerounaises ont fait le choix de se frotter aux meilleurs, d’exposer leurs hommes à d’autres standards, d’apprendre même dans la difficulté.

III- l’Appel aux décideurs

Ce courage mérite d’être salué, pas raillé sachant comme vu plus haut que beaucoup de nations dans la même situation ne participent tout simplement pas. Nos équipes ont le mérite de se frotter aux autres malgré toutes les contingences citées plus haut.

En revanche, les retours d’expérience doivent être capitalisés. D’où l’appel aux décideurs, qui doivent, revoir les conditions de préparation, l’équipement disponible et la doctrine d’entraînement physique de ces unités mais aussi donner à ces forces les moyens de mieux faire la prochaine fois

En clair, terminer 103e à Dubaï, dans les conditions actuelles de préparation et d’équipement des éléments camerounais, n’est pas un verdict sur la compétence de nos forces. C’est le reflet d’une réalité simple : le Cameroun n’a pas encore les outils pour jouer dans la cour de la diplomatie commerciale de la défense.

Mais il a eu le courage d’y entrer. C’est déjà quelque chose. Et c’est précisément ce qui relance un débat essentiel et trop souvent différé : celui de la mise en place d’un véritable complexe industrialo-militaire camerounais. On ne peut pas éternellement compter sur le courage et le Hemlè ».

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