Le Cameroun vient de décrocher une promesse d’investissement de 75 milliards FCFA (environ 133 millions USD) du groupe indien Thakker pour la création de deux zones industrielles, en partenariat avec la Mission d’aménagement et de gestion des zones industrielles (Magzi).
L’accord, signé lors de la Cameroon Investment Week en marge du 20ᵉ conclave Inde-Afrique, se veut un signal fort pour l’industrialisation du pays. Mais derrière les annonces chiffrées, les interrogations persistent sur la capacité réelle du Cameroun à transformer ce type de partenariat en moteur de développement durable.
Selon l’Agence de promotion des investissements, cet engagement doit élargir le portefeuille foncier de la Magzi, déjà évalué à plus de 1 700 hectares, et renforcer la transformation locale dans des filières stratégiques.
Une lettre d’intention a même été signée pour appuyer l’agriculture, avec l’implication du Minader, du Capef et du réseau de microfinance Camccul. Officiellement, l’ambition est claire : redynamiser la production, attirer les investisseurs étrangers et créer des emplois qualifiés.
Pourtant, les promesses passées en matière de zones industrielles au Cameroun ont souvent buté sur des lenteurs administratives, des problèmes d’infrastructures et une gouvernance parfois opaque.
Les chiffres avancés par la Magzi montrent pourtant un regain de dynamisme : les 424 entreprises déjà installées dans ses zones ont généré en 2024 un chiffre d’affaires cumulé de près de 6 696 milliards FCFA, soit une hausse de 15,6 % par rapport à 2023.
Les secteurs phares – agroalimentaire, chimie, métallurgie lourde et matériaux de construction – concentrent plus de 68 % de la production. Mais la question de la soutenabilité reste entière : ces zones sont-elles réellement compétitives face à celles de pays voisins comme la Côte d’Ivoire ou le Nigeria, où la logistique et la fiscalité apparaissent plus attractives ?
En toile de fond, l’annonce du partenariat avec Thakker s’inscrit dans une stratégie de communication offensive de l’État camerounais, désireux de montrer que le pays reste une terre d’opportunités malgré un climat des affaires régulièrement pointé du doigt par les investisseurs étrangers.
Les 75 milliards FCFA annoncés constituent indéniablement une bouffée d’air pour une économie en quête de diversification. Mais sans une amélioration de la gouvernance, de la transparence et de l’accompagnement des petites et moyennes entreprises locales, ce nouvel accord risque de n’être qu’un chiffre supplémentaire dans la longue liste des promesses non tenues.







