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Cameroun : le silence stratégique de Maurice Kamto intrigue à l’approche de la présidentielle

Le professeur Maurice Kamto, l’une des personnalités politiques contemporaines les plus populaires du pays, demeure une énigme. Lorsque le Conseil constitutionnel l’a empêché de se présenter à la présidence de la République, le 5 août 2025, la politique a été prise d’une profonde nostalgie.

L’interprétation de cette décision du Conseil constitutionnel et la réaction de Kamto depuis lors continuent de semer la zizanie.

Pour certains, le nom de Kamto continue de peser sur les élections à venir, mais la certitude de son influence lors du scrutin reste, pour l’instant du moins, une question de conjecture.

Kamto avait auparavant contribué à accroître la popularité du pays, d’abord à la tête du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC).

Pourtant, des mesures juridiques, administratives et, selon certains, commanditées par le régime pour l’empêcher de se présenter, l’ont conduit à rejoindre le Mouvement africain pour une nouvelle indépendance et une démocratie (MANIDEM).

Mais le Conseil constitutionnel a mis un terme à la nouvelle tentative de Kamto de se présenter à la présidentielle.

Des semaines après cette décision, Kamto, dont les actions au cours des sept dernières années ont maintenu le régime en haleine, est désormais muet.

Son silence, selon les observateurs, est devenu étonnamment bruyant et inquiétant, suscitant l’inquiétude même chez ceux qui ne l’apprécient pas.

Lorsque la décision du Conseil constitutionnel était encore fraîche, des agents de sécurité anti-émeutes et prêts au combat ont été repérés aux principaux carrefours routiers de Yaoundé, la capitale.

Même en l’absence de toute déclaration officielle, les analystes politiques affirment que ces mesures n’étaient pas étrangères à la volonté de réprimer une éventuelle manifestation des partisans de Kamto.

Mais contre toute attente administrative et politique, Kamto, qui avait appelé à manifester en affirmant avoir remporté l’élection présidentielle de 2018, n’a pas prononcé un mot lorsque le Conseil constitutionnel a contrecarré ses ambitions présidentielles.

Il a plutôt suivi l’évolution de la situation dans son ensemble, comme tout citoyen ordinaire. Son silence actuel, contraire à l’option combative qu’il a adoptée contre le régime Biya depuis qu’il prône le changement, est pour le moins déconcertant, selon les experts.

Le régime s’inquiète du silence de Kamto

Kamto, qui était jusqu’à présent le sujet de la plupart des communiqués gouvernementaux, n’est plus mentionné ouvertement.

Malgré des sources au sein des cercles gouvernementaux, le régime de Biya, habituellement paniqué, n’ignore toujours pas sa popularité et l’immense soutien qu’il suscite à travers le pays.

On dit que même si les apologistes du régime font des déclarations publiques pour affirmer que Kamto ne bénéficie pas réellement d’un soutien populaire, ils savent à quel point l’ancien ministre délégué auprès du ministre de la Justice et garde des Sceaux peut bouleverser le pays s’il le décide.

Conscient de l’important capital politique de Kamto, qui continue de s’amenuiser, le régime surveillerait la situation de près.
… Le fait qu’il n’ait pas annoncé son plan d’action, s’il en existe un, concernant l’élection présidentielle du 12 octobre, selon de nombreux analystes, continue de donner des sueurs froides au gouvernement.

Dans ce contexte, les analystes estiment qu’en excluant Kamto du scrutin, le gouvernement a peut-être gagné la bataille et non la guerre, à savoir l’élection elle-même, le 12 octobre.

Le leader politique a encore la possibilité de se lancer dans la course et de jouer un rôle majeur pour renforcer les chances du candidat de l’opposition de son choix.

Les analystes estiment que si Kamto décide de se présenter comme candidat de l’opposition, Biya aura du fil à retordre. Mais la question demeure : que fait Kamto maintenant ?

Silence malgré les rumeurs incessantes d’alliance

Depuis qu’il est devenu clair que Kamto ne se présentera pas aux élections, les rumeurs politiques circulent sur sa prochaine action.

À plusieurs reprises, Kamto a été évoqué pour soutenir Bello Bouba Maigari, de l’Union nationale pour la démocratie et le progrès (PNUD).

La même rumeur a également évoqué un accord avec Issa Tchiroma Bakary, candidat du Front du salut national du Cameroun (FSNC).

Dans tous les échanges signalés, les discussions auraient été bloquées sur la répartition des responsabilités en cas de nomination d’un chef d’État par l’alliance.

Les débats sur les postes clés, tels que la Primature, les ministères de la Défense, des Finances, de la Justice et de la Sécurité nationale, auraient été déterminants.

Aucune information officielle n’a jamais filtré sur ce sujet. Bello Bouba et Issa Tchiroma ont quant à eux travaillé seuls.

Un bien qui en appelle un autre

Quoi que fasse ou envisage le professeur Kamto, un autre point que beaucoup lui rappellent est le soutien qu’il a reçu d’Akere Muna lors de l’élection présidentielle de 2018. Akere s’était retiré de la course pour soutenir Kamto.

Aujourd’hui, les choses ne se sont pas déroulées comme Kamto l’avait prévu. Nombreux sont ceux qui commencent à s’accorder sur le fait qu’il est temps pour Kamto de montrer à Akere Muna qu’une bonne action en appelle une autre.

Sur ce principe, nombre de partisans d’Akere Muna rêvent également que si Kamto devait soutenir l’un des 11 candidats de l’opposition en lice, Akere Muna devrait naturellement être sa priorité.

Cet argument semble fragile, surtout compte tenu de la géopolitique du Cameroun. Avec une majorité d’électeurs potentiels dans les trois régions du Nord, certains disent que Kamto pourrait facilement se tourner vers Bello Bouba ou Issa Tchiroma, qui peuvent tous deux récolter des voix du Nord combinées à celles de la partie sud du pays, où Kamto est le plus populaire.

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