Cameroun Actuel

Banwa : deux maires se battent pour le contrôle de la mairie

Le préfet du Haut Nkam peine à arbitrer un bras de fer entre Charles Kameni, le maire élu de cette commune, et Pierre Kwemo, le président du parti qui a investi les conseillers municipaux.

Jusqu’au moment où nous allions sous presse hier, le conseil municipal de la commune de Banwa, dans le Haut Nkam, n’était pas convoqué. Pourtant, le 12 juillet 2021, le préfet du Haut Nkam a servi au maire de Banwa, une mise en demeure.

« Me référant à nouveau à la même loi notamment au même article 172 alinéas 1,2, 3 du Code général des Collectivités Territoriales Décentralisées, je vous adresse une mise en demeure de convoquer dans les 72 heures qui suivent la réception de la présente une session extraordinaire ayant pour principal point à l’ordre du jour l’élection du maire et des deux adjoints au maire de la commune de Banwa tout en vous demandant de prendre des dispositions utiles pour la réussite de cette session », a écrit Luc Ndongo.

Cette décision fait suite à l’expiration du délai du pourvoi en cassation de la décision du Tribunal administratif de Bafoussam (Tab) qui valide les délibérations d’un conseil tenu le 20 novembre 2020 par 22 conseillers municipaux sur les 25 et qui destituait le maire et ses deux adjoints pour les remplacer par un autre exécutif.

Accusé de soutenir le maire élit au lendemain du scrutin, Châties Kameni, le préfet avait d’abord dénoncé cette délibération, pour entorses à la loi. La lettre n°004582/L/MINDDE-VEL/SG/DAJ déclarait par la suite nul et de nul effet pour violation de la loi, les délibérations issues de la session du 12 novembre 2020.

« Devant la confusion ainsi créée, à savoir deux exécutifs municipaux en concurrence, et du blocage quasi-total du fonctionnement de la commune de Banwa qui en résulte (le Compte administratif de l’exercice 2020 n’est pas toujours approuvé), et enfin pour l’intérêt supérieur des populations, le représentant local de l’Etat que je suis a pris, conformément à la loi ses responsabilités et n’avait d’ailleurs d’autre choix que de se référer à cette loi, en vous demandant de convoquer cette session extraordinaire en vue du vote d’un nouvel exécutif communal, le vôtre ayant perdu et la confiance de 22 conseillers sur 25 et le procès en justice », explique la tutelle administrative du maire.

Pierre Kwemo

Ce n’est pas la première fois que le préfet somme ainsi le maire, de convoquer une session extraordinaire. Les conseillers municipaux ont déjà boudé une réunion convoquée par Luc Ndongo. La rencontre du 29 Juin 2021, en lieu et place du conseil municipal voulu, était pourtant présentée comme celle d’une chance de réconciliation entre les conseillers dissidents et le maire Charles Kameni.

Malgré la présence des chefs traditionnels, des élites et même des populations, seuls ce dernier et deux conseillers municipaux avaient assisté à la réunion tenue dans le foyer communautaire de Banwa tandis que 22 l’ont boycotté. Luc Ndongo’ Pourrissait le rêve de fédérer les deux exécutifs : le premier approuvé par le ministère de la Décentralisation et du Développement local et le second, dont l’élection a été constatée par le Tab.

« Nul ne peut dire que la commune de Banwa se porte bien en ce moment. Vous le savez tous. Vous avez tous suivi ce qui s’est passé ici depuis un an et plus. Donc, la commune de Banwa a des problèmes », avait introduit le préfet.

Au terme du double scrutin de février 2020 en effet, le parti de Pierre Kwemo, l’Union des mouvements socialistes (Ums) va, à la surprise de certains observateurs, gagner la commune de Banwa, comme celle de Bafang. Très vite, des oppositions apparaissent entre le maire et le président de son parti, notamment sur l’attribution et la gestion des marchés.

Charles Kameni commet l’erreur d’en parler ouvertement. Il est exclu de l’Ums. Puis arrive ce conseil du 12 novembre 2020, où il est destitué en même temps que ses deux adjoints.

D’abord déçue par la tournure des événements, la population que l’élite Rdpc a vilipendée pour son choix hasardeux, celui de bouter hors du conseil municipal un parti au pouvoir qui leur apportait presque tout (elle a bénéficié d’environ deux milliards d’investissements divers entre 2007 et 2020, sous l’ère Charles Tchomtchoua Djadjo, ancien secrétaire général des Cvuc Ouest ? aujourd’hui conseiller régional de l’Ouest), vient de comprendre, que les 22 conseillers municipaux dissidents ne jouent pas pour leurs intérêts et clament leur fidélité au maire Charles Kameni.

Il a pu mesurer sa popularité par les acclamations lors de la séance de travail du 29 juin, lorsque le chef de la communauté Banwa de Douala, faisant allusion à leur tradition, a laissé entendre qu’il n’était pas question d’élire un nouveau maire, du vivant de ce dernier.

Lendemains incertains

Le préfet Luc Ndongo va-t-il le bousculer sans se mettre à dos une foule aussi frondeuse ? Elle l’avait déjà démontré en violentant les responsables du parti lors du conseil des dissidents, en novembre 2020. Les deux parties savent que, d’après les dispositions légales, si-le blocage continue, le conseil municipal actuel risque d’être dissout, et une administration séquestre mise sur pied.

Mais chacun campe sur sa position et croit pouvoir gagner. C’est à Bafang, à 25km de Banwa, que les conseillers proches de Pierre Kwemo se réunissent régulièrement, lorsqu’ils sont attendus pour des discussions décisives.

De son côté, Charles Kameni, qui avait été injustement accusé du détournement de 56 millions en six mois de gestion par quelques conseillers municipaux qu’il disait corrompus et traduit en justice, se présente comme le protecteur des biens des Banwa contre la prédation du président national de l’Ums.

« Pour ne pas se prêter à ce genre de geste stérile, nous exécutif, avons dit nous sommes là pour les populations de Banwa. Nous nous sommes mis à l’œuvre et la commune de Banwa est la première à exécuter le Budget d’investissement “‘public (Bip) sur les sept communes du Haut Nkam. Où est le blocage ? C’est une question de volonté », se vantait-il, au micro de- notre confrère Alexis Yangoua.

Le Jour

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