Le mardi 9 septembre, le maire de Bamenda, Paul Achombong, a mené une campagne controversée alors qu’une grande partie de la ville et d’autres villes des régions anglophones restaient paralysées par le confinement imposé par les séparatistes.
Parcourant les rues désertes de Bamenda avec une caravane de motards, le maire a annoncé la fin supposée des villes fantômes et du confinement.
Sur Commercial Avenue, Achombong a déclaré avec défiance : « Nous continuerons jusqu’à ce que la ville soit rouverte et que le confinement soit révolu.»
Il a même promis la réouverture des marchés afin que les habitants puissent reprendre leurs activités quotidiennes.
Pourtant, ses proclamations sont tombées à plat. Les reporters de MMI qui se sont rendus aux marchés de Nkwen, Ntarinkon et Main ont constaté une réalité différente : des commerçants vendaient timidement au bord de la route, tandis que les portes des marchés restaient fermées.
Le marché principal de Bamenda est resté fermé depuis ses déclarations audacieuses.
Le maire Paul Achobong a déclaré la fin des confinements séparatistes en accompagnant une caravane de cyclistes dans les rues de Bamenda le 9 septembre 2025. Mais les confinements se sont poursuivis le jour et la semaine suivants.
Les motocyclistes portaient des masques lors de leur marche dans les rues de Bamenda le 9 septembre 2025, pour dénoncer le confinement imposé par les séparatistes.
La moto est un moyen de transport intra-urbain essentiel à Bamenda, et les séparatistes ont déjà pris pour cible des cyclistes pour violation des confinements habituels.
Ce décalage soulève une question persistante : le maire Achobong agissait-il par réelle préoccupation pour les citoyens en souffrance ou simplement pour impressionner ses supérieurs ?
Calendrier politique et symbolique
Quelques jours seulement après le défilé du maire, le Premier ministre Joseph Dion Ngute est arrivé à Bamenda pour présider l’inauguration des routes de contournement urbain de Bamenda.
La sortie « courageuse » du maire apparaît désormais moins comme un devoir civique que comme une démonstration calculée de loyauté avant la visite du Premier ministre.
Ce comportement n’est pas nouveau. En 2022, après des années de plaintes publiques concernant l’état de délabrement des routes de Bamenda, Achombong n’a réagi que quelques jours avant le 6 novembre, date à laquelle les élites du RDPC se sont rassemblées à Bamenda pour célébrer l’accession au pouvoir du président Paul Biya.
Au lieu de rénover en profondeur le réseau routier de la ville, il a rapidement recouvert de terre les nids-de-poule entre le carrefour vétérinaire et la rue Ayaba, laissant d’autres tronçons critiques comme la rue Sonac intacts.
Le 10 juin, jour férié, le maire a mobilisé des bulldozers dans la nuit, la veille de l’arrivée du Premier ministre pour présider la 7e réunion du Comité directeur du PPRD à Bamenda.
Le maire de Bamenda était-il au service du peuple ou de la hiérarchie ?
Pour de nombreux observateurs, ces actions révèlent une tendance inquiétante : le maire de la ville agit de manière réactive, souvent en phase avec le calendrier politique, plutôt que de s’attaquer proactivement aux difficultés quotidiennes des habitants de Bamenda.
Qu’il s’agisse d’entretien des routes, de sécurité publique ou de lutte contre les confinements, ses interventions semblent davantage conçues pour plaire à Yaoundé et à la hiérarchie au pouvoir du RDPC que pour répondre aux besoins de la population qu’il a été élu pour servir.
La réalité du terrain est éloquente. Alors que les citoyens restent pris au piège entre les restrictions imposées par les séparatistes et les gestes symboliques de l’État, Bamenda continue de souffrir.
Ses rues sont vides, ses marchés fermés, ses enfants déscolarisés et ses habitants désillusionnés.
Dans ce contexte, la dernière campagne du maire Paul Achombong pour « la fin du confinement » apparaît moins comme un acte de leadership que comme un nouveau chapitre de son histoire de service politique.
La véritable question demeure : quand le maire de Bamenda dépassera-t-il les démonstrations de force symboliques pour véritablement affronter les difficultés de son peuple ?







