Cameroun Actuel

Adoubement de Mahamat Déby : la nouvelle politique africaine de la France ?

Le numéro un français, depuis son discours prononcé le 28 mars 2017 à l’Université d’Ouagadougou ne cesse de surprendre bon monde en Afrique par ses revirements spectaculaires au sujet de la politique africaine. Le 23 avril dernier, Macron a sorti un nouveau passe-passe de son chapeau.

La France oublie-t-elle que l’Afrique et les Africains s’arriment plus rapidement aux réalités du monde moderne plus que tout autre peuple à travers le monde ?Les réseaux sociaux, les médias satellitaires plongent directement l’Afrique dans les grands enjeux de l’heure sans qu’elle ait besoin d’un intermédiaire pour comprendre.

La jeunesse africaine construit sa conscience de citoyen du monde plus à travers les nouveaux médias que dans les amphithéâtres et les livres classiques qui socialisent ou rendent dociles à souhait la jeunesse des Nations. La quête de la liberté n’est plus à l’école mais derrière les touches des téléphones et des claviers des ordinateurs.

C’est là précisément que la jeunesse africaine se donne rendez-vous à chaque seconde, à chaque minute de vie, pour jauger combien son destin est sinistrement piégé par les affirmations proclamées de ceux qui se veulent ses amis ou ses alliés.

« La troisième menace qui peut miner l’Afrique ce sont les conflits politiques. Les plus optimistes diront que l’Afrique n’a jamais connu aussi peu de conflits entre Etats. Les plus réalistes -parmi lesquels je me compte – observeront que l’Afrique n’a jamais connu autant de conflits internes, autant de blocages, autant d’impasses autour de ces constitutions ou de ces élections », déclarait Emmanuel Macron avec toute la lucidité dans son discours de Ouagadougou en 2017, sept mois juste après son élection à l’Elysée.

Dans la foulée, il confessait qu’il ne va pas donner de leçon à l’Afrique. « Le président de la République française n’a pas à expliquer dans un pays africain comment on organise la Constitution, comment on organise des élections ou la vie libre de l’opposition. Je n’attends d’ailleurs pas cela d’un président africain pour ce qui concerne l’Europe. Mais c’est son rôle d’être aux côtés de ceux qui travaillent au quotidien, à rendre la démocratie et l’Etat de droit irréversible », déclinait-il comme axe majeur de sa politique pour juguler les conflits internes en Afrique.

Etre du côté de ceux qui travaillent à rendre la démocratie irréversible, prendre le parti de la démocratie au détriment de l’arbitraire et de la dictature !Voilà comment Macron construisait dans l’esprit de la jeunesse africaine, une cathédrale glorieuse de l’image de la France en Afrique, et beaucoup de jeunes à travers le continent s’étaient laissés aller à cette nouvelle espérance du nouveau évangile de saint Macron, d’aider le continent à sortir de ses péchés mignons de dictature et de l’obscurantisme. Il se démarquait ainsi totalement de la doctrine de Sarkozy, qui au début de son mandat à Dakar, rappelait aux Africains tout le gouffre de leur retard sur le cheminement de la civilisation universelle.

Macron flingue la constitution tchadienne

La disparition du Maréchal du Tchad la semaine dernière, a soulevé un grand pan de voile sur les intentions réelles du président français en ce qui concerne le respect des lois républicaines dans les Etats africains francophones. En accordant sans ambages tout son soutien à Mahamat Déby Itno qui s’est emparé du pouvoir en marchant sur les dispositions de l’article 81 de la constitution tchadienne, suscite des vagues d’effroi et d’indignation à travers le continent.

Personne ne comprend exactement ce qui est arrivé au numéro un français pour qu’il adoube sans sourciller celui qui a violé délibérément la constitution de son pays. Le président de l’Assemblée nationale, qui devait assurer l’intérim à la mort de Déby n’a même pas été reçu, ni son vice qui devait prendre fonction en cas d’indisponibilité de ce dernier. Au Tchad, l’Assemblée nationale s’est réunie, comme avec un pistolet sur la tempe, et s’est dessaisie elle-même de ses droits constitutionnels avant ou après sa dissolution par l’homme fort qui chapeaute la quinzaine d’officiers du Conseil militaire de la Transition au Tchad (Cmt).

Métamorphose maléfique

De quoi donc parlait le président français à Ouagadougou ? A qui s’est allié Macron ? Quel message Macron livre-t-il maintenant à la jeunesse tchadienne et africaine ? Les Tchadien n’ont-ils donc aucun droit sur la bonne marche de leurs affaires ? Macron vient de donner à Ndjamena une preuve par neuf que Jacques Chirac qui disait que la démocratie est un luxe pour les Africains, trahissait de ce fait un verset du bréviaire de la politique africaine de la France.

Pourtant, Macron le sait, le sentiment anti français se propage comme une traînée de poudre à travers le continent. Il en est conscient et pour des considérations d’intérêts de son pays à sauvegarder ou au nom de quelques amitiés personnelles à préserver, il a sacrifié l’affirmation d’un peuple au droit à la liberté, à s’autodéterminer ou à gérer ses propres affaires. Il avait déjà commencé à donner les couleurs de cette métamorphose maléfique quand parlant de la mort des soldats de son pays dans le Sahel et particulièrement au Mali, il s’adressait aux chefs d’Etat impliqué dans le dispositif du G5 Sahel avec une telle désinvolture comme le ferait un enseignant à l’endroit de ses élèves.

« J’attends d’eux qu’ils clarifient et formalisent leur demande à l’égard de la France et de la communauté internationale. Souhaitent-ils notre présence ? Ont-ils besoin de nous ? Je veux des réponses claires et assumées sur ces questions. Je ne peux et ne veux, avoir des soldats français sur quelque sol du Sahel que ce soit alors même que l’ambiguïté persiste à l’égard des mouvements antifrançais », dardait-il dans une froideur indescriptible.

Quelques temps plus tard, il recevait ces chefs d’Etat à Pau en France parmi lesquels Idriss Déby Itno. Comme on le voit, Emmanuel Macron doit oublier qu’en Afrique, la parole d’un homme est sacrée. De ce fait, beaucoup de dirigeants ont perdu toute crédibilité ici à force de ruser et de mentir. Emmanuel Macron comprend-il les Africains ?

C’est là une question centrale dans les rapports avec l’Hexagone car c’est toujours la France qui réunissait les pays africains à la Baule au début des années nonante pour leur imposer la voie de la démocratie. Ils s’y sont engagés avec des fortunes diverses, et voici le quatrième président après François Mitterrand qui tacle irrégulièrement un pays africain sur son cheminement démocratique.

On a vu les Tchadiens se réunir sur la Place de le République à Paris pour demander à Paris de revenir à de meilleurs sentiments. Cela devient récurrent, les attroupements d’Africains à Paris pour demander un peu plus de démocratie, suite aux errements de Paris dans les capitales africaines. Une question en définitive taraude les esprits. La bourde de Ndjamena, un incident ou une nouvelle politique française en Afrique et surtout en Afrique centrale ? That is the real question.

Le Messager

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