Cameroun Actuel

L’Etat essoufflé par les coûts d’hospitalisation des prisonniers

L’Hôpital central de Yaoundé, l’Hôpital général et le Centre hospitalier de la Cnps croupissent sous des factures impayées par le Trésor public des soins administrés aux prisonniers. Une situation qui pousse ces formations hospitalières à se faire payer par les malades au mépris des dispositions légales.

C’est une information un peu insolite qui a parcouru la toile en début de semaine écoulée. Grace à une publication de David Eboutou, consultant média très introduit dans les milieux carcéraux de Yaoundé, les internautes étaient informés que M. Jean-Baptiste Nguini Effa, l’ancien directeur général (DG) de la Société camerounaise des Dépôts pétroliers (Scdp); était retenu captif à l’Hôpital central de Yaoundé (HCY) pour cause de facture don réglée.

Le lendemain, quelques journaux reprenaient la nouvelle en précisant que l’ancien DG, qui est pensionnaire de la Prison centrale de Yaoundé – Kondengui, avait quitté le centre hospitalier. Son épouse, Rose Nguini Effa, avait payé la note, estimée à un million de francs. M. Nguini Effa venait d’achever un traitement contre la Covid-19 démarré le 10 mars 2021.

Si l’information faisant état de la séquestration de l’ancien DG de la Scdp est sujette à caution, selon les recoupements faits par Kalara, lés détails concernant le paiement de la facture des uns qui lui ont été prodigués à l’Hôpital central sont totalement fondés. S’il ne s’agissait pas d’un prisonnier, la situation rendue publique par M. Eboutou élèverait de l’ordinaire.

C’est en effet l’Etat, dont le Trésor public, qui supporte en principe la prise en charge des soins de santé de toutes les personnes incarcérées dans ses prisons, quels que soient leurs conditions et leurs statuts. De ce fait, l’exigence faite au prisonnier de payer lui-même sa facture relève quelque peu d’un abus, même si elle n’est pas inédite. Très rare par le passé, selon quelques observateurs avertis, cette situation tend à s’installer dans les pratiques dans certaines formations hospitalières.

Hospitalisations prolongées…

En fait, M. Nguini Effa n’est pas le seul prisonnier à se retrouver confronté au problème du règlement de la facture des soins de santé non-payées. Plusieurs autres hautes personnalités incarcérées, principalement dans les prisons de Yaoundé, font la même expérience, sous des formes plus ou moins variées. Jean-Marie Atangana Mebara, Marafa Hamidou Yaya, Urbain Olanguena Awono, Iya Mohamed, Charles Metouck, Jean William Solo, pour ne citer que quelques-uns parmi les plus célèbres, sont des clients très réguliers des hôpitaux de première catégorie, notamment l’Hôpital central, l’Hôpital général de Yaoundé, mais aussi l’Hôpital de la Cnps au quartier Essos à Yaoundé. Avant leur évacuation sanitaire.-en Europe, Yves-Michel Fotso et Ephraïm lnoni faisaient partie des concernés. Mais les choses semblent avoir changé.

Selon des informations glanées à bonne source, l’Etat aurait de plus en plus du mal à solder les factures liées aux soins de santé des prisonniers, contraignant les gestionnaires des hôpitaux à opérer des recouvrements sur les malades et leurs familles, afin d’éviter de tuer la poule aux œufs d’or…

Du fait de l’âge de quelques-unes des personnalités citées, certaines de leurs maladies nécessitent naturellement des séjours fréquents et/ou prolongés dans lés hôpitaux. Une situation aggravée par la montée en force de la Covid-19, pathologie particulièrement impitoyable à l’égard des personnes âgées et/ou atteintes par d’autres pathologies (cas de comorbidité). La population des prisonniers hospitalisés s’agrandit et les factures s’alourdissent de plus en plus. Or, les paiements se font attendre…

«Ces factures auraient pu être d’ailleurs plus élevées si les malades ne participaient pas au paiement d’une partie de leurs soins», explique un prisonnier qui a l’habitude des séjours dans les hôpitaux, pour dire qu’il n’y a pas que les formations hospitalières pour se plaindre.

«En général, poursuit-il, la facture présentée ne ‘concerne que les coûts d’hospitalisation, puisque chaque rhalade doit payer directement à la caisse les frais d’examen et les médicaments pour espérer recevoir les soins. C’est un énorme sacrifice. Pour les personnalités d’un certain rang, il n’y a que des chambres VIP pour les accueillir. Or, ce sont des chambres très onéreuses. Par exemple 30 mille francs pour une seule journée d’hospitalisation au Haut standing de l’Hôpital central En un mois, rien que pour les frais,d’hospitalisation, on avoisine le million de francs. Et quand on voit le nombre de malades…»

Yves Michel Fotso…

Certains Camerounais ne comprennent que l’Etat soit «magnanime», selon eux, avec les personnalités. en prison, estimant, dans l’ignorance de certains principes (lire encadré), qu’elles doivent Entièrement supporter leurs dépenses en matière de santé «J’estime injuste que l’Etat puisse dépenser pour la santé des prisonniers alors que les citoyens qui ne sont pas en conflit avec la loi ne bénéficient pas des mêmes attentions», soutient un étudiant.

Sauf que du côté de ceux qu’on nomme «prisonniers de luxe», il y en a qui estiment aussi être traités «de façon injuste», comparé à ceux de leurs compatriotes qui bénéficient d’une évacuation sanitaire à l’étranger. Ces derniers bénéficient effectivement de la prise en charge de leurs soins à des coûts bien plus élevés, mais aussi à la prise en charge de leurs coûts de transport et de séjour dans leurs pays d’accueil respectifs.

Il y a un peu plus d’un an, une correspondance du secrétaire général de la présidence de la République adressée an ministre des Finances transmettait les instructions du chef de l’Etat pour le «suivi médical du détenu Yves Michel Fotso à Rabat» au Maroc. C’est presque 90 millions de francs qui devaient être mis à la disposition de l’attaché de défense près l’Ambassade du Cameroun dans ce pays pour faire face à une-partie seulement de la prise en charge de l’homme d’affaires au Maroc, qui est bien sous le coup d’au moins deux condamnations à vie…

«Il faut se garde d’avoir une politique de des poids, deux mesures», préviens un prisonnier en référence au seul cas de M. Fotso, pour plaider l’obligation pour le Trésor public de régler les factures des hôpitaux camerounais, pour les soins de tous les prisonniers sans distinction de statut.

«Si le Trésor public ne peut plus supporter £es dépenses, il est grand temps de réfléchir à la remise en liberté, même ponctuelle, des prisonniers qui deviennent un grand fardeau pour l’Etat du fait de leurs maladies, pour que leurs familles puissent les prendre totalement en charge», propose Tin responsable dans l’une des formations sanitaires perturbées par les factures impayées. Pour lui, c’est la seule chose à faire pour concilier la nécessité de prendre soin des prisonniers dans le respect de leur dignité sans que l’Etat- en souffre.

«Ailleurs, des condamnés d’un certain âge ne purgent même pas leurs peines en prison-. Lorsqu’on est condamné, parfois c’est déjà une sanction suffisante. Si le séjour en prison est un poids pour la société, autant trouvé le moyen d’alléger ce poids», persiste-t-il Une proposition aux antipodes d’une politique carcérale qui. peine déjà à trouver une solution à l’engorgement excessif des prisons.

Kalara

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