Cameroun Actuel

Germaine Ahidjo : le dernier soupir d’une femme digne…

Femme de caractère, de principe et personnage téméraire, l’ex première dame, déterminée à faire ramener les restes de son défunt époux, quitte la scène sans avoir honoré ses dernières volontés.

Nous sommes en septembre 2020. Le Messager publie dans son édition N°5810 un document intitulé : « plaidoyer pour le paiement des droits de pension de ta maman Germaine Ahidjo en qualité de veuve d’ancien président de la République ».

C’est en effet une lettre ouverte signée de Me Alice Nkom et portée à la haute attention de Chantal Biya, celle qu’elle appelle affectueusement « ma tendre et adorable fille ». L’initiatrice explique qu’elle vient solliciter la Première dame et surtout interpeler sa fibre maternelle pour voir dans quelle mesure intervenir et faciliter le paiement des droits de l’ex first lady, bloqués depuis toujours au Cameroun sans que l’on ne sache les véritables raisons qui entretiennent cette injustice.

« Ta maman Germaine est aujourd’hui très malade. Le poids de l’âge s’ajoutant, elle traverse des moments extrêmement difficiles. Sous le poids d’un âge avancé ,elle vit ses derniers jours sur cette terre et porte en elle l’amertume de n’avoir jamais perçu un seul Franc Cfa de ce qu’elle devrait avoir en sa qualité d’ancienne première dame du Cameroun. Les amis de son défunt époux qui subvenaient à ses problèmes n’étant plus aux affaires, elle se retrouve aujourd’hui esseulée, sans ressources et malade sans en disposer des moyens conséquents pour pouvoir se prendre pleinement en charge », écrit la défenseure des droits de l’Homme.

Conciliabules

Visiblement lasse d’avoir entrepris depuis des années plusieurs conciliabules, médiations et autres négociations avec l’espoir de voir aboutir ce dossier, l’avocate ne sachant plus à quel saint se vouer, s’en remet à Chantal Biya.

« Au moment où chaque jour qui passe la rapproche de plus en plus vers l’éternité empruntée par son tendre époux il y’a 31 ans, je te supplie ma fille de contribuer hâtivement à aider ta maman Germaine à se décharger de cette colère de n’avoir pas perçu ce qui lui revient depuis très longtemps, et d’être celle par qui elle pourra renouer avec quelques instants de bonheur avant qu’elle ne rejoigne son époux dans l’au-delà », conclut-elle.

Trois jours seulement après cette sortie surabondamment amplifiée et commentée sur les réseaux sociaux, l’initiatrice de ce plaidoyer se retrouve sur des charbons ardents.

En réaction, Aminatou Ahidjo publie le mercredi 16 septembre, une lettre dans laquelle elle explique que sa maman n’a jamais reçu l’approbation pour cette initiative de la juriste. Même si elle juge « louable » l’action de l’avocate, la présidente du conseil d’administration du Palais des congrès indique qu’elle : « n’engage que son auteur et n’a jamais l’approbation de notre maman ».

Une réaction qui tend à démentir la précarité dans laquelle vivrait sa mère depuis que les vivres lui ont été coupés par le Pouvoir de Yaoundé. A propos de sa santé fragile, Aminatou fait savoir que sa mère croule sous le poids de l’âge et laisse par ailleurs entendre qu’il n’y a pas besoin d’intercéder pour elle puisqu’elle bénéficie encore de l’amour et de la chaleur affective de sa famille et de ses proches.

Morte sans obtenir la réhabilitation d’Ahidjo

Le second document brandi en signe de désaveu de l’action de Me Nkom n’est autre qu’une mise au point signé du secrétariat particulier de Germaine Ahidjo et adressée au Directeur de publication de votre journal. Les signataires persistent et signent que la concernée n’est en rien à l’origine de l’initiative et s’en désolidarise totalement.

Joint au téléphone par nos soins, l’épouse de l’ex président de la République argue n’avoir aucun lien avec la démarche. Toute chose qui vient semer la confusion dans les esprits quand on sait que Alice Nkom dit régulièrement échangé avec l’ancienne Première dame qu’elle annonce très malade.

C’est la dernière actualité quoique controversée, que les camerounais gardent de Germaine Ahidjo. Ces dernières années sur terre n’ont pas toujours été un long fleuve tranquille. Elle tire sa révérence sans avoir réussi à ramener les restes de son époux décédé le 30 novembre 1989 dans sa résidence du cap Manuel, à Dakar, au Sénégal. Il avait 65 ans, dont vingt-cinq passés à la tête du Cameroun. Plus de 30 ans plus tard, rien n’a bougé d’un iota.

« Je demande une seule chose : la réhabilitation d’Ahidjo, martèle la veuve. Je ne l’ai jamais demandé directement à Paul Biya, mais je l’ai dit dans des interviews. » Sur un plateau de France 24, en octobre 2007, Paul Biya se défendait, lui, d’entraver quoi que ce soit : «Le rapatriement est selon moi un problème d’ordre familial. Si la famille de mon prédécesseur décide de faire transférer les restes du président Ahidjo, c’est une décision qui ne dépend que d’elle. »

Grand Dialogue national

Les médiations étrangères ne sont pas davantage parvenues à établir un dialogue. « Le président dahoméen Hubert Maga et le président béninois Émile Derlin Zinsou ont plusieurs fois demandé la réhabilitation et le retour du corps d’Ahidjo au Cameroun. Mais Paul Biya n’a jamais répondu », se plaignait Germaine Ahidjo dans les colonnes de nos confrères de Jeune Afrique.Ce n’est pas le seul malentendu qui persiste entre l’actuel chef de l’État et une partie de la famille de son prédécesseur.

« En tant que Mme Ahidjo, je ne me vois pas rentrer dans mon pays avec un passeport [diplomatique, NDLR] sénégalais. C’est le Cameroun qui nous a retiré nos papiers, c’est à lui de nous les rendre », expliquait l’ex-première dame au journal panafricain.

Lasse d’attendre, elle avait cru dans un ultime espoir que le Grand Dialogue national convoqué par l’homme du 6 novembre 82 sera peut-être une occasion pour la délégation venue du grand Nord de remettre sur la table cette question qui n’a jamais manqué de susciter en elle, des frisons et de la mélancolie. Que nenni ! Le rendez-vous du palais des Congrès de Yaoundé s’était finalement résumé à une grande causerie nationale où certains propagandistes avaient profité pour louer et célébrer son illustre initiateur à qui ils avaient souhaité longue vie au Pouvoir.

Autre regret, Germaine Ahidjo n’avait jamais compris pourquoi le régime Biya a laissé prospérer la corruption à tel point où tout un gouvernement s’était retrouvé en prison. Pour elle, l’Opération Epervier dans sa phase pratique, avait échoué. A l’époque de son défunt époux, un tel pillage de la fortune publique n’aurait pas eu lieu. Quant au coup de force de 1984, qui a valu à l’ex-chef de l’État d’être condamné à mort par contumace, Mme Ahidjo continuait de clamer jusqu’à son dernier souffle, l’innocence de son mari qui, lui, le qualifiait de « malheureuse parenthèse ».

Ce jour-là, se rappelle-t-elle, un groupe de jeunes officiers issus de différents corps d’armée tente de prendre le pouvoir à Yaoundé. En effet, après s’être résigné à abandonner à son successeur la présidence du parti unique, l’Union nationale camerounaise (Unc), à l’issue d’une âpre querelle de leadership, Ahidjo avait été accusé d’avoir fomenté un complot (dit « du 22 août 1983 ») et condamné une première fois. Devenu un paria, l’ancien président l’est resté après sa mort.

Le Messager

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