Cameroun Actuel

Décès de Germaine Ahidjo : le Cameroun enterre son nombril à Dakar

La veuve du premier président de la République devrait être inhumée en terre étrangère, comme son époux.

Les drapeaux n’étaient pas en berne au Cameroun. Les drapeaux sont restés sur les mâts, aucune communication gouvernementale. Le site internet de l’ambassade du Cameroun au Sénégal a gardé ses vieilles informations sur le fil de l’actualité. Celui de la présidence de la République ayant ignoré lui aussi la principale information du jour : la mort de Germaine Ahidjo, la veuve du premier président du Cameroun indépendant. Et pourtant, les médias internationaux en ont fait leurs choux gras durant les premières heures de la journée, jusqu’à ce que l’annonce du décès d’Idris Deby ne vienne s’imposer dans les différentes rédactions.

Quoi qu’il en soit, le pays est pourtant endeuillé depuis la nuit dernière : Germaine Ahidjo est décédée, à 89 ans. C’est la veuve de l’ancien président de la République du Cameroun. L’ex première dame a succombé à une maladie qui la secouait depuis quelques mois, selon des informations concordantes Après avoir été annoncée inerte par la rumeur véhiculée par les réseaux sociaux. Le président de la République se contentera en soirée, d’une lettre de condoléances adressée à la famille. Sans plus.

C’est une situation embarrassante pour le Cameroun. D’autant plus que c’est un second cadavre encombrant pour le pays dirigé par Paul Biya. Celui de son époux, le premier présidènt du Cameroun, faisait encore l’objet d’un débat plus de 30 ans après la disparition du premier président du Cameroun indépendant. Or selon la tradition musulmane, Germaine Ahidjo devrait être inhumée dans les heures qui suivent son décès. A défaut, quelques jours après.

Du côté de Yaoundé, rien n’a filtré officiellement durant la journée. Des informations diffusées sur les réseaux sociaux annoncent des obsèques prévues ce mercredi au cimetière musulman de Yoff à Dakar. «Je n’en sais rien. Je ne suis au courant de rien. Le ministre n’est même pas en place», s’est disculpée la cheffe de la cellule de communication du ministère des Relations extérieures (Minrex). Yaoundé a-t-il refusé de faire le deuil de l’épouse du premier président de la-République du Cameroun ? On tend vers là ?

Si Yaoundé n’organise pas les obsèques de la toute première Première dame de la République du Cameroun, ce serait’une suite logique de la guerre de succession qui a mal tourné entre Ahmadou Ahidjo et Paul Biya. Lorsqu’il démissionge ^. I^1IP4 novembre 1982, Ahmadou Àhidjo céda le pouvoir selon la constitution, à Paul Biya, le Premier ministre. Lequel lui succède le 6 novembre.

Le père de la Nation reste tout de même dans les arcanes du pouvoir et est régulièrement consulté par son successeur. Mais très vite, les relations se tendent entre les deux hommes. En commençant par la préséance entre le président de la République et le président national du parti «unique», « l’Union nationale camerounaise (Une). La première fonction est dévolue à Paul Biya et la seconde à Ahmadou Ahidjo.

Le point de non retour est la tentative de coupe d’Etat du 6 avril 1984. Une partie de la Garde républicaine tente de renverser le jeune président. Depuis la France où il vit depuis quelques temps, Ahmadou Ahidjo pense que « ce sont mes hommes, ils auront le dessus».

Une déclaration prise comme une revendication du coup d’Etat manqué. La ligne de fracture s’intensifie. Les anciens proches du Premier président Sont persécutés. Même si Paul Biya amnistie tous ses « ennemis » en 1991, il reste que la guerre n’est pas définitivement terminée.

Le passeport camerounais retiré à la famille Ahidjo ne sera plus jamais remis Lorsqu’il meurt le 30 novembre 1989, le premier président du Cameroun indépendant, est enterré à Dakar, dans l’anonymat. Le Sénégal s’occupe de toutes les commodités et ne bénéficie même pas d’une visite d’une autorité camerounaise.

Paul Biya et le déni de la tradition sur France 24

La question resurgit lorsque, invité d’Ulysse Gosset dans Le Talk de Paris sur France 24 le 31 octobre 2007, Paul Biya déclara que la question du retour de la dépouille de son prédécesseur est une préoccupation familiale. Ce que conteste Germaine Ahidjo au micro de Radio France internationale (Rfi) «Ahidjo n’appartient plus à sa famille. Il appartient à, l’Etat du Cameroun».

Une leçon que refusa d’assimiler Yaoundé. Le débat en était là depuis quatorze ans. Entre temps, Paul Biya a happé au sein de la famille de son illustre «ennemi», en nommant ambassadeur itinérant à la présidence de la République dans un premier temps, Mohamadou Badjika Ahidjo, l’un des fils de son prédécesseur, issu du premier mariage de l’homme, et jadis député de l’Union nationale pour la démocratie et le progrès (Undp) ; et dans un second temps, Aminatou Ahidjo, fille cadette de Germaine Ahidjo, à la présidence du Conseil d’administration du palais des congrès de Yaoundé.

En 2018 Dans un contexte où d’aucuns soupçonnaient le successeur du Père de la nation, dans un projet de réconciliation avec la famille de celui qui lui a offert lé pouvoir sur un plat en or. Afin de sortir en ayant résolu ce contentieux .non déclaré, avec les nostalgiques d’Ahidjo Des sources annoncèrent que Yaoundé avait préparé un passeport camerounais à remettre à Germaine Ahidjo qui refusait d’user du passeport diplomatique sénégalais pour se rendre dans son pays, celui que son époux a servi pendant 23 ans comme première personnalité.

Trois ans après, il n’en est rien. Germaine Ahidjo s’en est allée. Et devrait être enterrée en terre étrangère. Au cimetière musulman de Yoff à Dakar. Née en 1922 d’un père Corse et d’une mère peule camerounaise,-germaine Ahidjo, infirmière dé formation, a toujours refusé de revenir seule au pays. Elle accompagnera son homme dans l’au-delà, depuis le sol dakarois.

La Nouvelle Expression

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