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Pour Célestin Bedzigui, le Pr Gervais Mendo Ze n’aurait pas dû être Directeur général de la CRTV

Dans une tribune hommage, Célestin Bedzigui le président du Parti de l’Alliance Libérale affirme que la stature du Pr Gervais Mendo Ze de «savant» ne lui aurait pas valu une fonction de technocrate. Et le fait que le régime l’ait maintenu longtemps à ce poste ne l’a pas aidé. L’homme politique pense qu’en dépit de tout le Pr Gervais Mendo Ze avait une belle âme. La preuve, on l’a avec ses œuvres musicales. Pour cela, il ne méritait pas de mourir ainsi.

Retrouvez ci-dessous la tribune de Célestin Bedzigui

Lorsque dans la forêt, terrassé par les éléments, un grand arbre s’écroule, un silence profond s’ensuit. C’est l’hommage orphelin de sons et de bruits que dame nature rend à celui dont elle s’est parée des beautés et splendeurs le long de temps immémoriaux. Le Pr Mendo a été un de ces grands arbres de la forêt de nos vies, dont nous aurons respiré la fraîcheur du génie et nous serons abreuvés de la générosité de coeur étalée dans ses pensées et ses écrits, et surtout, dans ses productions musicales qui ont entrouvert les fenêtres des beautés de la Cité de Dieu augustinienne aux esprits d’un grand nombre d’entre nous.

“Assimba”, miracle en langue Ekang, aura été comme un étendard conquérant des légions romaines défiant les conventions qui auraient enfermé ce haut commis ou cet intellectuel couronné de tous les lauriers dans la rigidité hiératique de ses fonctions officielles. Il a plutôt choisi d’offrir au peuple, que dire, au monde entier, sa merveilleuse âme d’enfant qui s’étalait à travers les manifestations de son talent et de sa fougue en offrant ces spectacles uniques et ineffables de la direction de choeur  de cette chorale par laquelle il nous léguera une part si précieuse de nos émotions des deux dernières décennies.

C’est en effet à travers cette production musicale qu’on pouvait le mieux accéder à la profondeur et à l’immensité de l’âme de ce “grand phare” baudelairien qui nous aura accordé le privilège d’être son contemporain. Mon troisième oeil l’avait accroché tout au début des années 70. J’étais alors jeune étudiant à Ngoa Ekelle et lui jeune enseignant fraîchement revenu des études. Un jour par hasard, nous avons cheminé à pied quelques minutes pour remonter des facs vers le “Château”, moi pour prendre le bus universitaire, et lui certainement un taxi. Il m’a adressé la parole avec cette petite voix d’enfant, en vérité, une voix d’ange qui révélait son âme… Je ne l’ai jamais oubliée.

Nous nous retrouverons une vingtaine d’années plus tard, dans son bureau de directeur général de la CRTV, recevant le directeur général de la Sacherie que j’étais devenu dans une ambiance d’enfance perpétuelle à la Peter Pan, avec cet autel d’une belle statue mariale qui trônait au coin gauche du local… Son coeur d’enfant semblait surnager au dessus des années et de la fonction. Et pourtant le manager avisé des vicissitudes de la gestion des entités commerciales que j’étais ressortit de notre entretien avec une inquiète intuition, celle de se demander si cette âme d’enfant aura la vigilance cognitive et la maîtrise des outils de contrôle du mastodonte qu’était l’entreprise qu’il dirigeait.

Je le voyais mieux à la tête d’une académie des musiques sacrées de notre pays, ou d’une chaire d’humanités modernes, loin des flux financiers, des influences et des enjeux politiques que comportait sa fonction… Ce savant au sens réel n’était pas à sa place sur ce fauteuil de technocrate. Et de l’y avoir porté et maintenu si longtemps constituait une exposition à un risque majeur, entretenu dans notre pays par l’idée que tout le monde peut tout faire, qu’un métier d’ingénieur en électricité peut-être exercer par un administrateur civil, qu’un sémiologue pouvait gérer une entreprise en développement rapide au confluent de fonctions opérationnelles diverses. La nature humaine lui aurait-elle laissé penser à en exprimer le souhait que pour sûr il n’aurait pas été écouté. Et lorsque commencèrent à se susurrer des rumeurs de graves failles dans la gestion de la CRTV sous sa dispensation, tout professionnel de la matière aura entrevu ce que serait la fin et qui malheureusement est arrivé, loin de tout idée de justice…

Car Mendo Ze n’a pas été le ” voleur” qui pour assouvir la soif de sang du peuple méritait à travers son indicible agonie, un châtiment comparable en cruauté à celui infligé à Ravaillac écartelé sur la place de la Grève pour avoir assassiné le Roi Henri IV dans les rues de Paris. Le Professeur comme beaucoup d’autres aura été, en amont, embourbé dans un système de casting régi par des critères contestables, en aval, pris dans les entraves d’un système judicaire dont la parenté avec la justice est pour le moins et quelques fois questionnable. Sa longue déchéance physique est une l’illustration d’une gouvernance carcérale déshumanisée qui plutôt que de privilégier le respect de la dignité et de l’humanité de chaque citoyen, se repaient plutôt des manifestations de la toute-puissance de certains à travers l’insensibilité et le cynisme d’État.

Le Professeur Mendo Ze affichait une âme d’enfant, mais nous n’en ferons pas un ange. Plutôt, l’homme qu’il était renvoyait à cette maxime du Comte de la Rochefoucauld qui disait: ” L’homme n’est ni ange, ni bête ; le malheur veut que qui veut faire l’ange fasse la bête”. Un message à ceux qui dans notre pays détiennent une partie du pouvoir temporel, véritables bêtes enivrées par les chuitements des baise-cornes de leurs thuriféraires, afin qu’ils se rappellent que la justice divine verra un jour son jour. La belle âme reflétée par ses musiques sacrées du Pr Mendo Ze finira en victime expiatoire et, comme Mozart son frère en génie, être jetée dans la fosse commune de l’ignominie.

Mais que nenni… une telle âme ne saurait s’éteindre. Dans nos souvenirs, elle s’envolera, dépouillée des miasmes morbides de ces accusations à têtes chercheuses dont le but morbide était d’en ternir l’image, pendant que se repaient au soleil de l’impunité, d’authentiques chacals de la fortune publique dans ce pays. Nous ne désespérons toutefois pas que par une manifestation de la grâce habituelle de Dieu, les conditions de son départ, que dire, sa montée du Golgotha éveillent à l’amour paulinien les coeurs secs des détenteurs du pouvoir temporel de notre pays. Ils se rendront alors au devoir de l’humanisation des peines carcérales en complétant notre armature judiciaire par l’instauration d’un juge d’application des peines, une instance qui laissera ainsi au judicaire de remplir son office jusqu’au bout, sans une sollicitation mendiante du pouvoir exécutif ou du politique. Il est temps Professeur… Envoles toi… Emporte dans l’audelà le génie de ta belle Âme… Rejoins le monde des beautés platoniciennes de coeur et d’esprit, que tu as tenté de nous dépeindre et de nous faire partager, en vain??? Rentres y… Paix… Pacem… …

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