Cameroun Actuel

Découvert chez le sous-préfet : le corps d’un journaliste « jeté » à la morgue

Le 28 juin 2020, le corps sans vie de Salif Adari Nyama, journaliste à radio fm de Bafia et correspondant de la télévision Canal2, est retrouvé au domicile du sous-préfet de Deuk, une localité du département du Mbam et Inoubou dans la région du centre. La famille porte plainte pour assassinat.

Invité par le maire de la localité pour la couverture du conseil municipal, le défunt a été logé chez le sous-préfet Mendomo Paulin Frank. Il sera retrouvé mort au petit matin dans sa chambre, selon les informations communiquées par le sous-préfet. La famille ayant porté plainte contre le sous-préfet, le procureur a commandé une autopsie médico-légale. Mais elle n’a jamais été pratiquée.

L’enquête est donc au point mort. La famille et les avocats craignent que les autorités de la ville de Bafia veuillent étouffer cette affaire. Et Maurice Kamto, président national du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (Mrc), a publié le 29 juillet 2020, un communiqué dans lequel il écrit : « J’en appelle aux autorités compétentes pour qu’elles agissent avec célérité et transparence dans l’enquête afin que toute la lumière soit faite sur cet assassinat, que les coupables soient traduits en justice et punis conformément à la loi. ». Il déplore que les enquêteurs laissent la famille de la victime dans le désarroi total.

Morgue de l’hôpital de district de Bafia ce lundi 14 décembre 2020 : les « morguiers » nous présentent une dépouille comme étant celle du journaliste Salif Adari Nyama abandonnée dans un coin de la chambre froide. «C’est là depuis le mois de juin », précise l’un des infirmiers. Dans le carnet des frais de l’hôpital que nous avons consulté sur la table du médecin chef, on constate que les frais de morgue n’ont jamais été payés depuis le mois de juin. Aussi, Les 350 000 fcfa réclamés à la famille par l’hôpital pour pratiquer l’autopsie demandée par le procureur de la République n’ont jamais été payés. Conclusion, l’autopsie médico-légale n’a jamais été réalisée et le corps du journaliste est abandonné à la morgue.

Autopsie médico-légale

Pour en connaître les raisons, nous nous rendons au domicile de la famille du défunt situé dans un quartier à la périphérie de la ville. Une case en ruine nous est indiquée. Le papa du journaliste est décédé récemment suite à une longue maladie. Sa maman est « en déplacement à Yaoundé » au moment de notre arrivée. Les membres de la famille rencontrés sur place nous expliquent qu’une plainte a bel et bien été déposée au tribunal de première instance de Bafia. « Nous avons porté plainte pour assassinat. Salif est parti d’ici étant en bonne santé, ne présentant aucun signe de maladie. Nous sommes surpris que le lendemain un pickup de la police transporte sa dépouille emballée dans un drap jusque dans notre cour. Nous avons refusé de le prendre, et ils sont allés le jeter à la morgue de l’hôpital du district de Bafia, puis sont repartis », précisent-ils.

Pauvre, sans revenus, cette famille n’a pas pu trouver les 350 000 fcfa réclamés pour pratiquer l’autopsie médico-légale. En plus, elle ne sait même pas à quel niveau se trouve la plainte déposée au tribunal pour faire la lumière sur la mort du journaliste. « Nous appelons à l’aide les âmes de bonne volonté pour nous soutenir. Au tribunal, ils disent que c’est nous qui allons payer les frais de la morgue depuis le mois de juin. Mais nous n’avons pas d’argent. C’est la police qui a placé le corps à la morgue. C’est donc l’Etat qui doit payer ces frais. Tout ceci nous éloigne de la vérité, et ça arrange le sous-préfet de Deuk puisqu’il ne veut pas que la lumière soit faite », poursuit un membre de la famille en pleurs.

Les collègues de Salif s’indignent

A la radio fm de Bafia où travaillait le journaliste Salif Adari Nyama, ses anciens collègues journalistes ont d’énormes inquiétudes. « Quand le sous-préfet de Deuk a découvert que Salif était mort, pourquoi n’a-t-il pas attendu l’arrivée du préfet qui devait partir de Bafia, ce matin-là, pour venir à Deuk présider les travaux du conseil municipal ? Le sous-préfet s’est empressé de faire emballer rapidement le corps dans un drap et le mettre à l’arrière d’un pickup avec un gendarme pour l’emmener dans la famille, à Bafia. Pourquoi n’a-t-il pas fait les choses en suivant les normes de la loi ? Il pouvait attendre que le préfet arrive, que celui-ci fasse lui-même son constat et qu’il décide de ce qui doit suivre puisque c’est lui le patron du département ? », s’interrogent les confrères de Salif Adari Nyama. Pour eux, il y a beaucoup de « non-dits » dans cette affaire. Le président du syndicat national des journalistes du Cameroun Denis Kwebo dénonce, quant à lui, cet « assassinat », et réclame que justice soit faite. Le procureur du tribunal de première instance de Bafia, qui suit l’affaire, dit attendre « la présentation de toutes les preuves pour faire avancer le dossier ».
Les droits du journaliste bafoués

Les avocats au barreau du Cameroun affirment que ce qui s’est passé chez le sous-préfet à Deuk constitue une violation grave de l’article 3 de la déclaration universelle des droits de l’homme. « Tout individu a droit à la vie, à la liberté et à la sûreté de sa personne. ». Ils invoquent aussi l’article 9 de cette même loi qui rappelle que « tout individu a droit à la liberté et à la sécurité de sa personne » et d’autres articles de la charte africaine des droits de l’homme et des peuples condamnant la violation de l’intégrité physique et morale des personnes. Considérant qu’une violation grave de la loi a été commise à Deuk, les avocats invitent la famille à porter plainte pour demander réparation.

source: Le Messager N°5682

Partager

Share on facebook
Share on twitter
Share on linkedin
Share on whatsapp
Share on telegram
Share on email

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Lire aussi

Mise en place d’un nouveau système électoral : Maurice Kamto, Cabral Libii et Patricia Tomaino Ndam Njoya créent une plateforme républicaine

Mise en place d’un nouveau système électoral : Maurice Kamto, Cabral Libii et Patricia Tomaino Ndam Njoya créent une plateforme républicaine

Ces leaders de partis politiques de l’opposition ont signé ce 1er avril 2021, un communiqué qui annonce la création d’une plateforme républicaine, pour travailler sur la mise en place d’un système électoral nouveau ou amendé pour la stabilité et la prospérité du Cameroun.   Maurice Kamto, Cabral Libii, Joshua Osih, Hermine Patricia Tomaino Ndam Njoya, Pierre Nkwemo, Prince Ekosso et...

Cameroun : après le départ en sourdine de Mtn, deux sponsors frappent à la porte du football d’élite

Enfin, les championnats professionnels reprennent ce weekend

Le samedi 27 février 2021, le championnat Elite Two va débuter au stade Omnisport de Yaoundé et le dimanche 28 février, ce sera au tour du championnat Elite One. Dans une correspondance qui date du 24 février 2021, Narcisse Mouelle Kombi le Ministre des Sports et de l'Education physique a tenu Seidou Mbombo Njoya de la mise à sa disposition...

Nécrologie : Bernard Njonga est mort

Nécrologie : Bernard Njonga est mort

Bernard Njonga le président du parti Croire au Cameroun a rendu l'âme hier 21 février 2021 en France. C'est à l'âge de 66 ans que Bernard Njonga décède. La nouvelle de sa mort choque et laisse sans voix ses proches, amis et connaissances. Le président du parti Croire au Cameroun (CRAC) décède des suites de maladie. Il a marqué son...