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Elections régionales/Pr Claude Abe : le Mrc «est en mal de repères et de stratégies»

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Elections régionales/Pr Claude Abe : le Mrc «est en mal de repères et de stratégies»

Elections régionales/Pr Claude Abe : le Mrc «est en mal de repères et de stratégies»

Le sociologue Claude Abe fait l’analyse des élections régionales à venir, en expliquant les dernières actions du Mouvement pour la renaissance du Cameroun, qui se prépare à organiser de gigantesques manifestations.

Le corps électoral en vue des élections régionales vient d’être convoqué dans un contexte sécuritaire tendu. Quel commentaire faites-vous de cette actualité ?

Il me semble que le pouvoir en place ne veut pas donner corps à la scission du Cameroun. Parce qu’en réalité, céder aux atermoiements de luttes séparatistes, c’est reconnaître de facto que les combattants séparatistes sont dans leur légitimité. Parce qu’en réalité, ce qui est attendue de la part de ces séparatistes, c’est justement la paralysie de la vie institutionnelle, la paralysie de la vie politique et l’asphyxie de la société.

Et à mon sens, nulle part au monde vous ne pouvez voir un mouvement insurrectionnel à caractère militaire dicter sa loi à l’ordre institutionnel et donc; il me semble que le pouvoir en place a fait une bonne lecture de ne justement pas donner libre cours à ce qui était attendu par les séparatistes. Vous me direz également que, quand on regarde la dorsale orientale du Cameroun et la dorsale septentrionale, qu’il y a Boko Haram qui sévit de ce côté et les groupes armés venant de l’insécurité chronique qui s’est installé dans la Centrafrique voisine. Tous ces éléments, sont des contraintes qu’il va falloir gérer pour arriver à organiser ces élections de manière à ce que la vie institutionnelle, ne connaisse pas un coup d’arrêt en raison de ces menaces sécuritaires.

Cette élection est convoquée alors que la désignation de certains conseillers municipaux est encore contestée devant la chambre administrative de la Cour suprême. Est-ce qu’il n’y a pas un problème de légitimité qui se pose comme t’insinuent certains partis politiques ?

Il n’y aura probablement de mon point de vue un problème de crise de légitimité. Parce que, jusqu’à l’heure actuelle, il y a des municipalités qui fonctionnent avec des exécutifs qui sont là, sous réserve que le contentieux soit vidé au fond. Vous-même vous le redisiez que le Code électoral reconnaît cette possibilité pour qu’il n’y ait pas de vacance de pouvoir. Malgré cette contrainte qui vient s’ajouter aux autres problèmes de type sécuritaire que j’ai évoqués plus haut, il s’agit là d’une moindre contrainte dans la mesure où, il y a bien des électeurs qui sont légalement consacrés par les textes en vigueur au niveau du Cameroun.

Certains partis politiques notamment le Mouvement pour la Renaissance du Cameroun ont annoncé une campagne dont l’objectif est de faire partir le président de la République. Jusqu’où peuvent-ils aller ? Pensez-vous qu’un tel mouvement peut trouver l’adhésion d’une partie de la population ?

Il faut faire la part des choses entre la politique virtuelle et la politique réelle. La politique réelle, se déroule dans les arcanes de l’armature institutionnelle et généralement lorsque vous n’avez pas de présence dans ces arcanes votre voix ne compte que très peu. Et l’État a tous les moyens nécessaires, pour vous empêcher de nuire. A partir du moment où vous sortez du jeu institutionnel qui est encadré par la loi, et que n’ayant pas le pouvoir, vous voulez contraindre ceux qui ont le pouvoir à vous suivre, alors que vous n’avez pas reçu l’assentiment et la souveraineté populaire, à ce moment là on passe dans une sorte de politique fiction qui n’est pas très loin d’une insurrection.

Et à ce titre là, les textes qui existent aussi bien que les structures chargées de la sécurité et tout le reste, y ont tout le droit d’être activés pour empêcher que l’on ne se retrouve en face d’une paralysie du pays. Il me semble que, cette formation politique est en mal de repères et de stratégies. Quand on regarde la ligne de cohérence qui est la sienne, c’est avec le même code électoral, les mêmes raisons qui ont été évoquées, avec la même situation prévalant au niveau de la partie dite anglophone du Cameroun que cette formation politique est allée à la présidentielle. Si elle voulait être cohérente et que les Camerounais puissent lui accorder un minimum de crédit, cette formation politique se serait abstenue d’aller à la présidentielle.

Comment comprendre que, moins de deux ans après, vous soyez en train de mobiliser des arguments qui hier, n’ont pas été mobilisés pour vous empêcher d’aller aux élections. Il me semble là que, c’est un saut vers un autre type de politique qui n’est plus celle où on respecte l’expression du suffrage universel et de la volonté populaire. Donc à mon avis, j’ai comme une impression qu’il y a une sorte de hantise de grossir les effectifs de la population carcérale par les acteurs de cette formation politique.

Vu le nombre de Conseillers municipaux que compte le Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais, quelles sont les chances de l’opposition f lors de cette élection ?

Étant entendu qu’il y a deux catégories d’électeurs à savoir les conseillers municipaux et les chefs traditionnels rien n’indique que dans le cas d’espèce, que le Rdpc puisse véritablement avoir plus d’électeurs et c’est une élection locale. Tant qu’elle est locale, c’est me semble-t-il, la manière donc les uns et les autres adresseront les enjeux locaux en matière de développement qu’ils pourraient engranger des suffrages au niveau de cette élection qui est indirecte. Et il me semble que le scrutin garde un aspect mystique où on ne sait jamais quel est le résultat qu’on peut avoir au bout. On a pu le voir ces temps derniers que parmi ces notabilités traditionnelles, il n’y a pas que des individus qui sont du côté du pouvoir. Nous connaissons les dernières sorties d’un certain nombre des chefs traditionnels dans l’Ouest du Cameroun, nous en connaissons au Centre, du Sud et autres.

Nous avons vu ces bravades d’une autorité traditionnelles de 3e degré, envers une autorité du commandement dans le Sud du Cameroun qui est devenue une vidéo virale. Rien n’indique que, en jouant sur les mailles stratégiques des frustrations que connaissent les autorités traditionnelles, que si les parties politiques sont porteurs de propositions, ils ne rencontrent pas l’adhésion des autorités traditionnelles.

Le statut spécial accordé aux deux régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest sera opérationnel à partir de la proclamation du résultat des élections régionales. Pensez-vous que cela pourra participer à apaiser les tensions dans ces deux zones ?

Je dirais oui et non. Il faut partir sur une première base à savoir que c’est une chose pour la loi de consacrer un statut. C’est encore une autre chose pour les hommes qui sont choisis d’opérationnaliser ce statut. Michel Crozier, sociologue français, disait «qu’on ne change pas une société par décret», ce n’est pas la loi qui changera les problèmes. Le statut spécial est un élément important qui peut être un début de solution au problème dit anglophone, surtout aux réclamations des compatriotes de cette partie du territoire de se voir eux-mêmes être mis au centre de la gestion des problèmes qui les concernent d’être responsabilisés, autonomisés sur les questions de développement qui les concernes.

C’est une première adresse qui, pourrais effectivement mettre en mal les tenants de la solution fédérale à ce niveau, qui pourrais également mettre en mal les tenants de la solution Jacobine. Ne voyez pas la possibilité de cette singularité là. Donc, de mon point de vue. Cela peut être un premier moment pour la liquidation de l’héritage du contentieux historique, lié à la singularité de la colonisation connue par cette partie du Cameroun, à condition que dans le choix des personnes, qu’on ait’ des gens qui ont une culture nouvelle.

C’est-à-dire, il ne faudrait pas qu’on se trouves là bas de nouveau avec des individus qui ont toujours pensés à partir d’un paradigme analytique entre centre et périphérie et où il se diraient qu’ils deviendraient des petits présidents dans chacune de ces régions. Mais si, on change de paradigme et qu’on passe de la verticalité, qui voudrait que le développement parte du haut pour le bas et qu’on se mette dans une perspective, d’un renouvellement des modèles de gouvernance qui se fonde sur l’horizontalité, sur l’implication des populations, sur leur participation alors on aura effectivement fait un saut qualitatif vers l’avant pour mettre en difficulté ceux qui mobilisent l’idée de la marginalisation des populations dites anglophones dans la gestion des affaires d’intérêt Commun qui les concernent. Donc de mon point de vue, l’enjeu véritable de cette élection régionale, se trouve être de ce côté-là. Parce que, ça donnera une possibilité d’évaluer l’efficacité des solutions qui ont été arrêtés par le fameux grand dialogue nationale pour se rendre compte du sérieux qui habitait les uns les autres.

Source : Défis Actuels N°513

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