Cameroun Actuel

Les défis et opportunités du Covid 19 présentés par Vincent Nkong Njock

La pandémie de COVID-19 a provoqué une crise sanitaire mondiale sans précédent, et faire face à cette urgence de santé publique est la priorité immédiate de tous.

L’énorme perturbation causée par cette crise a mis en évidence à quel point, même les sociétés modernes peuvent être fragiles devant une attaque/épidémie virale sévère et à très forte contagiosité. En absence de traitement, les seules réponses efficaces trouvées jusqu’ici pour tenter de stopper la pandémie sont le confinement et la « distanciation sociale ».

Ainsi, des millions de personnes partout dans le monde sont désormais partiellement ou complètement confinées dans leur domicile, (i) recourant au travail à domicile à travers des plateformes de télétravail pour assurer la continuité des activités économiques et ainsi s’assurer un minimum de revenus, (ii) écoutant la musique et recourant aux plateformes de streaming vidéo pour trouver des divertissements, (iii) utilisant de manière intensive leurs outils de télécommunications et d’informatique qui nécessitent une charge énergétique continuelle, sans oublier les appareils électroménagers pour les besoins domestiques.

L’indispensabilïté de l’électricité dans nos vies

Une observation attentive des points susmentionnés nous rappelle le rôle primordial de l’électricité dans nos vies, et plus particulièrement en cette période.

Pourtant, à ce moment où les mesures gouvernementales s’amplifient pour contenir la propagation du fléau, on entend peu le secteur de l’énergie s’organiser pour maintenir un niveau de production électrique suffisant, une qualité de service appropriée, une disponibilité sans faille de l’électricité pour la population.

Or, seule une électricité fiable et disponible peut assurer la chaîne de froid alimentaire et pharmaceutiques ; soutenir les divertissements ; éclairer les ménages et faire fonctionner l’outil informatique et télécom utile pour le télétravail et les échanges sociaux.

Elle seule permet de faire fonctionner les médias pour une communication en temps réel de l’information entre le gouvernement, les médecins, les citoyens, les patients, etc. Et surtout, elle permet de sécuriser les centres de soins en assurant entre autres, une fourniture en oxygène indispensable dans le traitement des formes sévères du COVID-19.

Ainsi la sédentarisation forcée et la promiscuité résultante, du fait du confinement imposé par la menace du fléau, nécessite une électricité fiable, disponible et accessible, ce qui permettrait d’apporter un confort minimum pour adoucir les rudes effets de ce confinement.

Ce brutal rappel de l’indispensabilité de l’électricité dans nos vies nous oblige à réfléchir à des solutions efficaces immédiates et par-dessus tout à anticiper pour l’avenir.

« Comment transformer ce défi de santé publique en opportunité électrique, tel est notre objectif»

En effet, le gouvernement, qui compte mettre l’énergie propre au cœur des plans de relance futurs de l’économie du pays, ne peut perdre de vue le défi majeur de la transition énergétique propre, même si nous allons bientôt subir les répercussions économiques du séisme causé par ce nouveau virus.

Cependant, disposer d’une énergie à souhait impose de disposer de sa propre source énergétique d’où la nécessité, pour une partie de la population et en particulier pour certaines localités et collectivités locales, de s’autonomiser en énergie.

L’autonomisation de l’alimentation électrique pour chacun devient donc une urgence, car elle met le peuple à l’abri des intempéries et de la fourniture électrique chaotique du concessionnaire national.

Il est à noter que produire une énergie propre et de proximité est désormais facile et économiquement acceptable dans la majorité des pays, même si cela reste une gageure pour le Camerounais.

Surtout que le Cameroun n’a pas encore atteint la plénitude requise en termes d’infrastructures – capacité installée limitée, réseau électrique vétuste, pas assez développé et pas complètement interconnecté, taux d’électrification faible (environ 61,4%)-.

Le pays dispose pourtant d’un énorme potentiel en énergies renouvelables : hydroélectrique, biomasse, éolien, et bien évidemment solaire avec une irradiation supérieure à 2000 kWh/m2/an (presque deux fois plus que les pays européens).

Avec la forte réduction des coûts du solaire ces dernières années, l’énergie solaire n’est plus du tout une utopie Elle devient réellement compétitive par rapport au diesel et peut apporter une contribution décisive à l’électrification du pays, à un coût abordable et de manière propre.

Elle est surtout à la disposition du Camerounais en autoproduction individuelle ou collective. La mini- et/ou la micro-hydroélectricité est un atout pour les localités rurales en « mini-grids», là où l’accès à des réseaux centralisés n’est une perspective envisageable qu’à long voire à très long terme.

« La solution s oriente vers la solarisation en autoproduction des ménages et des localités, ce qui nécessite obligatoirement un soutien gouvernemental », rendant accessible cette source énergétique encore peu développée au Cameroun.

Cette crise du CO-VID-19 devra d’une part, pousser les Camerounais à davantage s’intéresser aux énergies renouvelables et plus particulièrement celles issues du solaire et d’autre part, pousser l’Etat à promouvoir l’autonomisation de la fourniture électrique pour les ménages, les localités, les collectivités locales et les groupements communautaires, en mettant en place une politique d’approvisionnement sécurisée incluant une facilitation d’accès et une réglementation appropriée.

Le soutien renforcé de l’État aussi bien en amont dans le domaine de la recherche et développement, qu’en aval dans la phase d’industrialisation en soutien à la demande et au déploiement commercial (règlementation, tarifs de rachat, dispositifs fiscaux, facilitation d’accès pour la population, etc.) serait l ‘unique option pour sortir du cycle infernal des délestages mis en place pour pallier la pénurie électrique nationale.

En effet, accéder facilement à une source énergétique renouvelable nécessite une réduction des taxes sur les énergies dites renouvelables et propres, à l’heure où la douane et la TVA augmentent le capital d’investissement (CAPEX) de plus de 50% au Cameroun.

Nonobstant l’atout écologique de cette énergie, la réduction des taxes par l’Etat, loin de réduire ses gains financiers, lui apportera des recettes supplémentaires in fine.

La promotion de l’auto-production réduira non seulement le subventionnement des produits énergétiques et le renflouement d’ENEO par des compensations trimestrielles, mais diminuera également les garanties de l’Etat aux investisseurs énergétiques, sachant que lesdites garanties sont une source d’endettement considérable de l’Etat. A noter que l’autonomisation, in fine, renforce l’indépendance énergétique des ménages et réduit la facture électrique de l’Etat.

On ne saurait oublier de considérer, en cette période de décentralisation et de développement local, d’autres sources d’énergies renouvelables pour les petites productions locales telles que les micro/minicentrales hydrauliques, la biomasse (biogaz et biométhane), etc.

Ces sources locales d’électricité et ces combustibles de cuisson propre en autoproduction, ajoutés aux « smart grids » sont la clé pour régler définitivement le problème d’accessibilité et de disponibilité électrique. Ces derniers, à travers un réseau auto-organisé, sont à notre portée, à condition de s’appuyer sur un schéma directeur multidimensionnel.

S’appuyer sur les entités publiques existantes tels que la SONATREL et CAMTEL, en se basant sur une stratégie inclusive est un atout qui permet d’éviter de s’enfermer dans une vision à court-terme centrée sur quelques réalisations technologiques.

Conclusion

Le déficit énergétique est une sérieuse menace pour la paix, la sécurité et la stabilité d’un pays. En effet, l’indépendance énergétique est pour les populations, un gage de paix sociale et un cadre sûr pour l’activité économique. Le Camerounais, qu’il fasse partie de la population rurale ou urbaine, est particulièrement mortifié par les incessantes coupures d’électricité qui ne lui donnent aucun confort de vie.

Quant aux opérateurs économiques créant des ressources, ils sont suspendus aux caprices d’un système énergétique défaillant qui limite le développement de leur business, et s’en agacent. Et le confinement pour exacerber et porter à son paroxysme, le gène du déficit énergétique qui hypothèque l’ambition du Cameroun de devenir émergents à moyen terme.

Cette crise du COVID-19 aura comme corollaire, un changement de paradigme énergétique pour la population et l’Etat. Le premier recherchant à son indépendance énergétique quand le second s’évertuera pour l’accès universel à l’énergie, ceci a coût abordable.

Ce changement de référentiel sera une opération gagnante/gagnante pour l’Etat qui subventionne l’électricité, pour la population en zone rurale et urbaine débarrassée des incertitudes et absences énergétiques, et pour l’opérateur économique qui participera plus activement au développement du pays tout en faisant fleurir et émerger son pôle d’activité et créant des emplois.

Sortir donc de l’épidémie actuelle, sans que l’Etat et les Camerounais s’orientent définitivement et volontairement vers une indépendance énergétique solide et durable, sera une occasion ratée de plus.

Faut-il craindre que ce soit la dernière ? Certainement pas car c’est à la population camerounaise rurale, urbaine et opérative de se prendre en main et stopper sa précarité énergétique par une autoproduction énergétique permettant une croissance pro-pauvres au Cameroun. En a-t-elle les moyens ? La réponse est oui et oui car « qui veut peut » !

★Vincent Nkong Njock (v.nkong-njock@ilemel.com)

– Ingénieur générai énergéticien, spécialiste de Physique Atomique

– Ancien Chef de Programme Electronucléaire à PAIE A (Vienne)

– Fondateur / CEO iLEMEL Energy et Chairman iLEMEL Engineering- France

– Enseignant à Texas A&M University (USA) et à i ‘Université Cheikh Anta Diop Dakar

Source: Cameroon Tribune

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