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1960-1972 : Ahmadou Ahidjo et la gestion des crises

Politique

1960-1972 : Ahmadou Ahidjo et la gestion des crises

1960-1972 : Ahmadou Ahidjo et la gestion des crises

Une rétrospective de la Vieille Garde des Forces armées et Police (FAP).

Présentation

Le 12 octobre 2007, 27 soldats Camerounais sont froidement abattus par d’autres soldats Camerounais de l’Opération DELTA à Bakassi. Le Rapport transmis au Chef de l’Etat à titre de compte-rendu est mensonger. Il y est écrit que la tuerie de nos soldats a été l’œuvre d’un assaut perpétré par des éléments venus de l’extérieur.

Aucun recoupement n’est prescrit par le Chef de l’Etat. L’Officier de Renseignements du B2 qui avait rédigé ce Rapport avait pourtant participé au massacre de nos soldats. L’instigateur de ce carnage n’était autre que le ministre en charge de la Défense surnommé « Bad Boy ».

L’année 2013 a été marquée par un audacieux kidnapping d’une famille française composée de sept membres dans l’Extrême-Nord. Ce sera le prélude à une rocambolesque affaire de subversion dirigée dans l’ombre par un autre ministre en charge de la Défense. Manipulant les Renseignements en sa possession, ce proche collaborateur du Chef de l’Etat ira jusqu’à pousser le Chef suprême des Armées à faire une Déclaration de guerre contre Boko Haram à l’Elysée, à la stupéfaction générale.

Le président de l’Assemblée Nationale n’avait pas été consulté, le peuple n’avait pas été informé par voie de message à la nation, comme l’exige la tradition républicaine. Le Chef de l’Etat ignorait que les Renseignements à lui transmis par le ministre en charge de la Défense étaient erronés.

Plus grave, Paul Biya était loin de se douter que la guerre qu’il venait de déclarer contre Boko Haram cachait la guerre de sécession anglophone dans laquelle le même ministre en charge de la Défense venait de nouer une liaison dangereuse avec le chef sécessionniste anglophone aujourd’hui en détention préventive.

Au final, le Chef de l’Etat se retrouve avec deux guerres sans cause qui dévasteront la Région de l’Extrême-Nord et les deux Régions anglophones. Nos soldats sont sacrifiés sous l’autel d’une guerre illégitime, due à une mauvaise coordination du Renseignement stratégique.

La Vieille Garde des FAP avait pourtant appelé la haute attention du Chef de l’Etat dès 2013 sur la capacité de nuisance du ministre en charge de la Défense. Notre appel n’ayant pas eu un écho favorable, et face à la détérioration prononcée de notre sécurité nationale et à la survenance de la pandémie mondiale qui menace la santé des populations, la Vieille Garde des FAP fait une rétrospection sur le mode de gestion des crises par l’ancien Président Ahmadou Ahidjo pour la période allant de 1960 – année de notre indépendance -, à l’année 1972 – qui marque le déclenchement de la « Question anglophone ».

Le peuple comprendra que le successeur de l’ancien Chef de l’Etat avait toujours été associé à la gestion de la double crise : la crise d’ordre intérieur de 1960 à 1972 due à la rébellion, et la crise d’ordre stratégique de 1967 à 1970, consécutive à la guerre de sécession du Biafra.

Contrairement au Président Ahmadou Ahidjo qui suivait le Bulletin Quotidien de Renseignement au jour le jour,et qui avait confié la coordination des Affaires de sécurité nationale à Maïgari Bélïo Bouba, alors Adjoint de Samuel Eboua, Secrétaire Général de la Présidence de la République de 1975 à 1982, le Président Paul Biya commettra l’imprudence de déplacer le centre de coordination du Renseignement de la Présidence de la République au ministère de la Défense, puis à l’actuel ministre de l’Administration du Territoire, par le biais du Conseil National de Sécurité.

Tous les spécialistes pour les Affaires de Sécurité Nationale constatent, ahuris, une détérioration de notre sécurité nationale non seulement pour raison d’incompétence inégalée de ce chef de département ministériel sensible, mais surtout pour la complicité active qui a uni l’actuel ministre de l’Administration Territoriale et son ancien patron du MINDEF aujourd’hui écroué en prison.

La première crise d’ordre intérieur de 1960 à 1972 : le Président Ahmadou Ahidjonégocie la reddition du chef rebelle Ernest Ouandié par la médiation de Mgr Albert Ndongmo, évêque de Nkongsamba.

Pour comprendre l’affaire Mgr Albert Ndongmo/Ernest Ouandiéqui défraya la chronique en 1970, il faut remonter aux faits qui s’étaient déroulés en 1959. « Dans la nuit du dimanche 29 au lundi 30 novembre 1959, rois colonnes de rebelles bamiléké fondirent sur la ville de Bafang et la mission catholique de Banka, la maternité des Sœurs, la case des Pères.

Sœur Marie Noël, de garde, fut violemment frappée et laissée pour morte. Tandis qu’un commando enlevait les infirmiers et les médicaments, une forte bande attaqua la case des Pères et décapita le Père Héberlé, puis rattrapa le frère V. Saron dans la cour, le décapita aussi, alors que le Père Lequeux ne fut que blessé… »

Les missionnaires avaient construittout un édifice architectural pour le bien-être de l’homme camerounais. Le Père Paul Bouque avait été vicaire à Banka.Devenu premier évêque de Nkongsamba, Mgr Paul Bouque avait entrepris la construction du collège saint Paul, de l’hôpital Ad Lucem, de l’Eglise, des écoles, etc. Ce sont ces missionnaires sans défense qui seront la cible des rebelles dirigés par Ernest Ouandié.

Le Président Ahmadou Ahidjo, élu premier président de la République du jeune Etat indépendant, était persuadé que la lutte pour le pouvoir déclenchée par des courants nationalistes en 1955, se transformerait en une revendication pacifique pour exiger des réformes démocratique, ou pour parvenir au pouvoir. Malheureusement, il n’en sera rien. La rébellion camerounaise mènera une guerre sans cause.

Et le Président Ahmadou Ahidjo sollicitera la médiation du deuxième évêque de Nkongsamba pour obtenir la reddition du chef rebelle. Ernest Ouandié refusera cette médiation, alors même qu’il est logé en toute illégalité à l’évêché de Nkongsamba. Mgr Albert Ndongmo, dans l’incapacité morale de dénoncer son encombrant visiteur, sera lui-même « dénoncé »lorsqu’Ernest Ouandié sera arrêté sur « dénonciation » d’unpassant aux environs de Mbanga.

Ce qui, au départ, se présentait comme une tentative de médiation initiée par le Président Ahidjo, se transformera en une tragique fin pour Ernest Ouandié et une condamnation à perpétuité pour Mgr Albert Ndongmo. Toutefois, le recours à une médiation de l’Eglise catholique est à mettre à l’actif de l’ancien chef de l’Etat.

A l’heure où sévit la crise anglophone, le recours à la médiation de l’Eglise catholique, sur proposition des évêques catholiques du monde, serait vivement souhaitable.

La seconde crise d’ordre stratégique : la guerre de sécession du Biafra (1967-1970)

Le Président Ahmadou Ahidjo amorce la médiation en vue de la résolution de la crise intérieure lorsqu’éclate, à la frontière occidentale du Cameroun, une guerre aux conséquences dévastatrices.Il est important de connaître la portée stratégique de ia guerre de sécession du Biafra. Ce conflit doit être considéré, à juste titre, comme la source véritable de la «Question anglophone ». L’acteur principal de ce conflit – et donc de la «Question anglophone» – a été, de toute évidence, la France du Général de Gaulle.

La stratégie de la France a consisté à « neutraliser » l’influence des Etats de culture anglo-saxonne qui côtoient les Etats Francophones du «pré-carré» de la France en Afrique. Au Togo, le premier chef de l’Etat Sylvanus Olympio, qui avait des affinités avec son voisin du Ghana Nkwamé Nkrumah, sera assassiné par une opération supervisée par Jacques Foccart, Conseiller du Général de Gaulle pour les Affaires africaines. Sylvanus Olympio souhaitait un rapprochement avec le Nigeria. Il n’en sera rien.

La stratégie du Général de Gaulle pour endiguer la culture anglo-saxonne en vigueur dans l’Etat fédéré de l’ex Cameroun occidental prend corps en 1963. Cette année-là, le jeune Président Ahmadou Ahidjo se rend en visite officielle en France. Flanqué de son ministre des Affaires étrangères Betayéné, le chef de l’Etat camerounais s’entend sermonner par son homologue français en des termes vexatoires « Vous devez cesser d’enseigner l’anglais à vos compatriotes anglophones. Si vous continuez de leur enseigner l’anglais, vous aurez un pays divisé. »

On croit rêver ! La pression engagée par la France pour annihiler la culture anglo-saxonne et mieux « confisquer » la réserve de pétrole de la zone.de Bakassi passera par le contrôle du Delta du Nigeria. Ce sera la cause stratégique du déclenchement de la guerre de sécession du Biafra.

Rappel des faits de la guerre du Biafra

Un matin de 1966, Jacques Foccart sort du bureau du Général de Gaulle. La décision est prise : la France va soutenir le Biafra ! La guerre pour le contrôle du pétrole du Delta est lancée le 30 mai 1967 par le Général Emeka Ojukwu, le Gouverneur de l’Est qui proclame la République du Biafra, avec Enugu pour capitale. C’est le branle-bas diplomatique.

Le Biafra, soutenu par la France, est aussitôt reconnu par la Tanzanie, la Zambie, Haïti, .le Royaume-Uni, le Gabon et la Côte d’ivoire. Les présidents Houphouët Boigny et Omar Bongo soutiennent militairement Emeka Ojukwu, sous la coordination de l’ambassadeur français au Gabon Maurice Delauney.

Sommé par le Général de Gaulle d’autoriser le Cameroun à servir de base arrière aux légionnaires français, le Président Ahmadou Ahidjo reste inflexible. Son refus est catégorique. Le chef de l’Etat camerounais a choisi de soutenir son homologue nigérian le Général Yacubu Gowon.

La guerre du Biafra s’achève le 9 janvier 1970 par la victoire du pouvoir fédéral sur les sécessionnistes. Le Général de Gaulle est furieux, mais il a quitté le » pouvoir en France. C’est alors que les ennuis du Président Ahmadou Ahidjo vont s’accentuer.

La crise pétrolière s’annonce et se précise. La France, qui vient de soutenir le perdant du Biafra, redoutela revanche du Général Yacubu Gowon qui menace de lui couper les réserves de pétrole. Prise de panique, la France accélère son « plan d’invasion » de la région anglophone du Cameroun, où regorge d’importantes réserves de pétrole. Ce plan d’agression de nos ressources naturelles est assorti d’un plan plus sournois d’alternance au pouvoir, avec le départ « préparé » du Président Ahmadou Ahidjo.

Le processus de ce plan titanesque va s’accélérer : le 20 mai 1972, Ahmadou Ahidjo met fin unilatéralement à la Constitution fédérale, et crée une fête de l’Unité qui viole les Accords de Foumban du 1er octobre 1961. En 1974, René Journiac, Conseiller du Président Giscard d’Estaing pour les Affaires africaines se rend à Yaoundé pour peaufiner le « plan de sortie » du Président Ahidjo. Il mourra dans un accident d’avion survenu à Ngaoundéré. Mais le plan de succession prendra corps successivement en 1975 et en 1979, pour devenir réalité le 6 novembre 1982.

En 1975, Paul Biya devient Premier ministre d’un régime déconcentré. Le nouveau Premier ministre, qui reçoit délégation de pouvoirs en vue d’assurer l’animation, la coordination et le contrôle de l’activité gouvernementale, sera en conflit permanent avec le Secrétaire général de la Présidence de la République.

En 1979, le Premier ministre devient le successeur constitutionnel du président de la République en cas de vacance du pouvoir. Samuel Eboua nous a fait part d’une anecdote qui met en évidence la réalité du pouvoir dont détenait le Premier ministre Paul Biya. C’était en 1980. Le Président Ahidjo était absent du pays pour cause de repos médical prolongé en France. Samuel Eboua, qui devait gérer la crise estudiantine de janvier 1980, apprêta les dossiers urgents qui devaient être signés par le Premier ministre.

Samuel Eboua aménagea un bureau dans les locaux du nouveau Palais d’Etoudi pour le Premier ministre. Mais Paul Biya préféra travailler proche de Samuel Eboua. Un lien de sympathie entre les deux hommes ! Le Premier ministre Paul Biya se mit à signer les dossiers. Il stoppa au bout d’un instant, et dit à Samuel Eboua que le Président signerai la suite à son retour. Il s’agissait des dossiers urgents. Samuel Eboua, interloqué, appela le Président Ahidjo, et lui rendit compte.

Pris de colère, le Président finit par demander à Samuel Eboua de signer les dossiers restants en vertu de la délégation de pouvoirs à lui conférée. Aujourd’hui, le Premier ministre du Président Paul Biya a moins de pouvoirs que le Secrétaire Général de la Présidence de la République. De surcroit, le Premier ministre Joseph Dion Ngute ne se rend pas à la Présidence pour signer les dossiers en l’absence du chef de l’Etat. Là délégation permanente de signature a été octroyée au ministre d’Etat Secrétaire Général de la Présidence de la République.

La place prépondérante de Paul Biya dans le régime Ahidjo

Le Président Paul Biya a été au cœur du système Ahidjo. En 1962, il est recruté au Cabinet du Président qui a pour chef Christian Tobie Kuoh. Paul Biya est âgé de 29 ans. A 30 ans, le Président Ahidjo le nomme au poste prestigieux de directeur de Cabinet du ministre de l’Education Nationale, William Aurélien Eteki Mboumoua. Paul Biya va y côtoyer son proche collaborateur, l’abbé Thomas Fondjo, directeur de l’Enseignement Catholique.

La proximité entre les deux précieux collaborateurs du ministre William Aurélien Eteki Mboumoua vient de leur commune formation : tous deux ont été des pensionnaires dans des Petits séminaires : Paul Biya au Petit séminaire saint Joseph d’Akono, l’abbé Thomas Fondjo au Petit séminaire saint Michel de Mélong.L’abbé Thomas Fondjo militait pour le renforcement de l’autonomie et de l’autogestion de l’enseignement d’ordre confessionnel.

Paul Biya, devenu chef de l’Etat, était en droit de renforcer cette autonomie et cette autogestion, et de l’étendre dans les deux Régions anglophones. Non seulement cet objectif n’a pas été atteint, mais le système de l’éducation a considérablement périclité de nos jours, exigeant la tenue urgente des Etats généraux de l’Education.

De 1972 à 1975, Paul Biyaassiste directement le Président Ahmadou Ahidjo au poste prestigieux de Secrétaire Général de la Présidence de la République II appelle affectueusement la Première dame Germaine Ahidjo « Maman ». Il suit de près révolution de la « Question anglophone » ci-dessus évoquée. Devenu chef de l’Etat, Paul Biya va transformer la « Question anglophone » en « crise anglophone ».

L’ancien petit séminariste d’Akono refusera de privilégier la médiation proposée par l’Eglise catholique. Il ne recevra ni te Cardinal Christian Tumi, ni l’archevêque de Bamenda, Mgr Cornelius Esua sur lem demande. Ahmadou Ahidjo, Musulman faisait confiance à l’Eglise catholique. Et Paul Biya le savait ! le chef de l’Etat devrait accepter la proposition des évêques du monde qui le pressent de recourir à ta « médiation suisse » pour mettre définitivement un terme à la crise anglophone, et pour préserver la vie de nos soldats et des victimes civiles.

A l’heure où les gouvernements du monde entier mènent la guerre contre le coronavirus, il est absurde de continuer à faire une guerre sans cause dont la genèse n’échappe pas au successeur du Président Ahmadou Ahidjo. Tous les Camerounais de bonne volonté demandent au Président Paul Biya de jeter les bases d’une paix et d’une réconciliation véritables, en organisant des obsèques nationales pour honorer la mémoire de son illustre prédécesseur, et en décrétant un cessez-le-feu pour mettre un terme à la guerre dans les deux Régions anglophones. Nos soldats doivent être protégés contre le coronavirus au même titre que les populations civiles.

(é) Pierre ELA, ex chef de service secret (1985-1990) Pour la Vieille Garde des Forces armées et Police,

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