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Coronavirus/François Bingono Bingono : apprenons aussi à écouter le passé ancestral

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Coronavirus/François Bingono Bingono : apprenons aussi à écouter le passé ancestral

Anthropologue et tradi-thérapeute, il passe au crible certaines mesures de lutte contre le coronavirus face aux habitudes africaines.

Dans les mesures de prévention du coronavirus, l’on demande d’observer une certaine distanciation vis-à-vis de l’autre, notamment s’abstenir de se serrer la main, de se faire des accolades. Des gestes pourtant bien ancrés dans la tradition africaine. Quel peut en être l’impact sur la culture ?

L’Africain n’arrêtera de serrer la main à quelqu’un que lorsque la maladie se sera présentée de manière épidémique et pour le vérifier, on n’a qu’à faire le tour des marchés. Au contraire, les gens tournent cette mesure en dérision. Des gens se saluent avec des coudes, rigolent et se font des accolades. L’Afrique est du monde et ce qui arrive au monde peut arriver à l’Afrique.

Est-ce que dans l’histoire, il y a eu des maladies qui nous ont imposé des mesures similaires à celles qui s’imposent à nous aujourd’hui ?

Oui. Il y a eu effectivement eu des épidémies pendant lesquelles on demandait de ne pas s’échanger la parole. Il suffisait que le patient arrive dans un village et se met à vous raconter qu’il fuit telle maladie qui décime les gens, et aussitôt que vous écoutiez ce discours, la maladie s’emparait de vous. Il y a des maladies qui passaient par l’eau de source qui avait été empoisonnée de manière tout à fait inexplicable. Alors les gens s’abstenaient des rivières pendant un temps.

Il y a des maladies qui ont imposé un isolement en société, obligeant l’Africain à adopter un comportement anti-social. Des gens se mettaient en quarantaine jusqu’à ce que le mauvais vent passe. L’Afrique a connu des épidémies qui ont imposé des mises en quarantaine, soit de quelques membres de la société, soit de tous les individus. Cela a souvent été observé et très souvent, le mal passe.

Si l’on vient à déclarer le Cameroun indemne de toute contamination au coronavirus, si on réussit à vaincre le virus, que proposez-vous de faire pour renouer avec nos pratiques habituelles qui auront certainement pris un coup, le temps de la pandémie ?

La chefferie traditionnelle et les médias devraient être les diffuseurs du savoir, de la sagesse et des connaissances d’hier. Qu’on laisse une plus grande latitude au discours patrimonial et que le gouvernement n’oublie pas souvent d’aller interroger les sages. Ne tendons pas seulement l’oreille à l’Occident, apprenons aussi à écouter le passé ancestral. Ecoutons les discours qui viennent de l’Occident avec son armada de scientifiques, mais également l’arrière-pays.

Que peuvent apporter les tradi-thérapeutes dont vous êtes le président dans la lutte contre le coronavirus ?

Quel que soit le coronavirus, tant que la base est un état grippal, les tradi-thérapeutes savent qu’aucune grippe ne résiste à un mélange d’ail, de gingembre et de miel. Quand les premières velléités d’Ebola ont voulu entrer au Cameroun en passant par le Sud, certains villages ont mis en place des mesures pour les écorner.

Comment expliquer que des maladies qu’on ne connaissait pas jusqu’à pas très longtemps mettent subitement l’humanité à genoux ?

L’Afrique est du monde et doit évoluer avec le monde. Elle a des spécificités qu’elle devrait respecter. Par rapport au coronavirus, la science dite exacte proclame qu’il n’y a pas de génération spontanée, c’est-à-dire que ce n’est pas parce qu’on découvrirait quelque chose aujourd’hui qu’on prétendrait qu’elle est née aujourd’hui. Aucun virus n’est né aujourd’hui. Ils ont toujours existé, tout comme les microbes. Mais tant qu’ils vivent dans leur milieu naturel, ils ne sont pas virulents ; ils ne le deviennent que si l’on s’attaque à eux. Malheureusement, avec l’avancée de la science, il y a des virus qu’on fabrique ou que l’on débusque de leur milieu naturel.

C’est parfois du fait de notre méchanceté qu’ils « se lèvent ». Je ne voudrais pas qu’on dise que les dieux se sont fâchés ; c’est la nature qui se rebelle parfois des attaques que nous lui faisons subir au quotidien. Je ne voudrais pas penser que ce soit exactement la même chose avec les virus mais, en vérité, chaque fois que l’homme a excellé par des comportements débridés, c’est une idée.

Dans le cas précis du coronavirus, qu’est-ce que l’homme aurait bien pu faire qui puisse offenser la nature ?

Si on cherche bien, on verra que l’homme est allé lever soit volontairement, soit involontairement ce virus. En Afrique, nous sommes dans un contexte culturel où on soigne le corps en passant par l’esprit. L’Africain estime que quel que soit le mal qui nous arrive, nous avons toujours une part de responsabilité infime ou grave par rapport à cela. Eh bien, en décryptant les situations qui nous arrivent, notamment avec le coronavirus, on se rendra compte que quelque part, l’Homme se serait rendu coupable de cela. Je reste dans l’abstraction parce que j’ai d’autres pistes qui ne peuvent faire l’objet d’exposé à travers les médias.

L’Afrique compte de nouveaux cas mais reste moins touchée que les autres continents. Qu’est-ce qui peut expliquer cet état de chose ?

Il y a des virus qui ne peuvent pas prospérer en Afrique et particulièrement en Afrique tropicale grâce à l’extrême chaleur. Il y a un chercheur en Occident qui estime que cette maladie s’en irait d’elle-même aussitôt que l’été sera arrivé. Mais je précise que nous restons-là dans la science hypothético-déductive.

Source : Mutations

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