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Jean de Dieu Momo : « j’ai commis au moins quatre pêchés capitaux qui ont signé notre arrêt de mort »

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Jean de Dieu Momo : « j’ai commis au moins quatre pêchés capitaux qui ont signé notre arrêt de mort »

Lettre aux militants et sympathisants du PADDEC.

Mes chers amis (ies),

Depuis notre sévère déculottée aux dernières élections municipales et législatives, j’ai pris un peu de recul et me suis enfermé au monastère de la pensée pour réfléchir aux causes de notre déconfiture mémorable. Le résultat de mes cogitations est sans appel et m’indique très clairement comme étant le seul et l’unique coupable de notre terrible déconvenue.

J’ai commis au moins quatre pêchés capitaux qui ont signé notre arrêt de mort électorale:

1) En pleine campagne électorale, j’ai commis le péché de la vantardise en m’exprimant dans une télévision où je proclamais être au pouvoir, avoir le pouvoir et être le pouvoir. Cette vantardise qui visait à choquer mes pourfendeurs a été sévèrement punie par le peuple seul détenteur de tout pouvoir, lequel m’a infligé un cinglant démenti. L’illusion du pouvoir que les gouvernants peuvent avoir n’occulte pas cette réalité qui a été rappelée par le peuple jaloux de son pouvoir et qui tient à rappeler à ceux qui, étourdis comme moi ,peuvent avoir la ridicule prétention de se l’approprier indûment qu’il est le seul maître à bord.

Pourtant ceux qui me lisent habituellement savent ce que je pense du pouvoir. Il est essentiellement évanescent, multiple et divisible. Il s’émiette. Personne en dehors du peuple ne le détient réellement. Et la parcelle que le peuple peut concéder à un individu est précisément limitée au service du peuple. Le pouvoir est donc en définitive celui de servir. Et j’aime pour mieux l’illustrer à prendre l’exemple de Jesus Christ qui l’a expérimenté avec succès en lavant les pieds de ses apôtres.

C’est ce que le peuple attend des dirigeants auquel il délègue une partie de son pouvoir. Et ça je le savais déjà. Mais en commettant le péché de la vantardise, avec la fausse prétention d’avoir le pouvoir, j’ai provoqué inutilement le peuple qui nous a sévèrement sanctionné dans l’urne.

2) Mais l’un des plus grands péchés dont je me suis rendu coupable est celui de la provocation inutile. En pleine campagne électorale, j’ai porté atteinte à l’honorabilité d’un Nationaliste reconnu comme tel dans la mémoire collective, Ernest Ouandie, en le comparant à tort à un vulgaire bandit qui tue et pille dans le Noso au prétexte de la guerre de sécession.

Ce fut là une provocation grave (spécialement destinée aux membres de la BAS qui faisaient du bandit Field Marshall leur héros, exactement comme les maquisards avaient compromis le noble combat de nos nationalistes par leurs crimes ignobles), fruit de la jactance ubuesque et de l’euphorie des moments de campagne. Il y a des comparaisons qu’on ne peut se permettre et j’ai mal agi en osant cette fausse comparaison uniquement dans le seul but de déstabiliser mes adversaires politiques et idéologiques. Cela a été contreproductif et le peuple nous a sanctionné pour cette malheureuse accusation du reste injustifiée et infondée. Mea culpa.

3) À tort plus qu’à raison, une partie du peuple croit que j’ai trahi ma tribu et que j’aurais appelé à sa haine voire à sa destruction. C’est monstrueux! Mon message était pourtant exactement le contraire de ce que cette partie du peuple a entendu, mais quand on veut tuer son chien, on l’accuse de rage. Je ne suis pas coupable de cette grotesque accusation contre ma propre tribu. Mais une partie du peuple croit que je le suis. Elle est induite en erreur par mes adversaires.

En vérité, j’ai seulement mis en garde une partie de notre peuple sur les dangers de s’attirer les foudres de toutes les autres composantes sociales, notamment en montrant le chapeau qu’on porte sur sa tête et en vantant les avoirs que l’on possède comme étant les ressorts devant présider à la revendication violente du pouvoir suprême.

J’ai sur ce point dit que le cameroun étant une mosaïque en construction on ne saurait exclure une tribu ni aucune tribu revendiquer sa préséance dans la marche vers le pouvoir mais qu’il serait judicieux de federer tout le monde. C’est cette vérité qui restera quand tout le mensonge se sera dissipé dans les esprits. J’ai malgré tout été incompris et cette partie du peuple nous a témoigné sa colère dans l’isoloir.

4) j’ai certainement commis d’autres péchés dans le balbutiement juvénile de l’exercice des fonctions publiques au profit du peuple. L’art est bien difficile et la critique à laquelle je me livrais autrefois fort aisée. Ma présence dans les réseaux sociaux est critiquée par une grande partie de notre peuple. J’ai essayé de rester près du peuple dans l’action publique. Sans doute n’est-ce pas la bonne approche que de choisir de lui répondre au quotidien dans les réseaux sociaux.

Le peuple ne souhaite pas de mélange avec le gouvernant de toute évidence. Il veut avoir celui-ci bien en face pour pouvoir mieux le contrôler et lui dire ses quatre vérités. J’ai été l’objet d’une sévère lapidation publique qui fait saigner mon cœur et a déchiqueté ma carcasse vouée à toute sorte d’opprobre. La leçon tirée de cette punition publique est de fixer de manière indélébile que le service publique est un sacerdoce pour lequel on doit se donner complètement et c’est déjà un privilège que de servir le peuple sans rien attendre en retour.

Et que ce peuple jaloux de son pouvoir s’attend à être traité en tout temps comme le patron et le seul détenteur du pouvoir qu’il délègue et en contrôle l’exécution. Ce n’est pas une faveur de le servir mais un droit qu’il revendique souverainement. Nous devons être les ouvriers consciencieux et fidèles au service du travail parfois ingrat pour le peuple. Sans contre-partie, être les serviteurs du peuple. J’apprends ainsi de mes erreurs en faisant ce bilan à mi-parcours.

Après ce constat sans complaisance, je demande humblement à tous nos militants et sympathisants d’accepter mes plates excuses pour leur avoir fait perdre ces élections. Je mesure toute la signification des silences que vous observez depuis les résultats. Votre déception après avoir dépensé votre argent, vos revenus, votre énergie pour un résultat totalement nul, à cause de moi, me chagrinent autant que toutes les injures dont vous avez soufferts quand j’en ai été accablées de la part des gens qui ne me connaissent même pas. J’assume l’entière responsabilité de notre totale déconvenue et vous présente toutes mes excuses en vous demandant pardon. Mea culpa.

Mais en même temps je ne tente pas de diluer ma responsabilité en faisant remarquer que notre parti a aussi manqué de la ressource humaine de qualité pour aborder sereinement cette élection. Nos équipes ne faisaient pas le poids face à nos concurrents et nous devons en tenir compte à l’avenir. Les joueurs d’une équipe de football de troisième division ne peuvent pas avoir la prétention de gagner un champion de première division. Reconnaissons le et avançons. Il ne sert à rien de pleurer sur le lait versé. Nous serons jugés à notre capacité à nous remettre promptement de la chute pour avancer. Reconnaître nos erreurs est déjà le gage que nous ne retomberons plus dans les mêmes travers.

Dans les mois qui vont suivre, nous allons convoquer notre convention nationale pour réorganiser nos militants afin de mieux les encadrer et coordonner leurs actions. Nous avons besoin de recruter de la ressource humaine intellectuellement et politiquement compétente pour participer avec succès aux futures compétitions électorales. Que Dieu vous bénisse tous et vous comble de ses grâces.

Le président national du PADDEC
Jean de Dieu Momo

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